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2 janvier 2018

Etre : γίνομαι ginomai et εἰμι eimi

Classé dans : — evangilegrec @ 11 h 19 min

Le verbe être : γίνομαι ginomai / εἰμι eimi

Le verbe εἰμι eimi, être,  est un verbe qui n’existe pas en dehors

du présent, de l’imparfait et du futur.

(Cf. RAGON § 104)

A l’aoriste (indicatif, participe…) et au parfait,

il est remplacé par le verbe γίνομαι, ginomai

(aoriste : ἐγενόμην, égénomèn, il fut ).

3è personne de l’aoriste : ἐγένετο  (fréquent en début de verset chez Luc)

3è pers. du parfait : γέγονε(ν) (cf Jn 1, 30)

Ὀπίσω μου ἔρχεται ἀνὴρ ὃς ἔμπροσθέν μου γέγονεν, ὅτι πρῶτός μου ἦν.

derrière moi vient un homme qui était (γέγονεν) devant moi, car il était ( ἦν)  avant moi.

La Bible Segond traduit par :

Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi.

Voir plus loin « usage… »  la remarque sur ce passage Jn1,30, pour lequel ce qui compte, c’est avant tout le temps du verbe. 

-

I. Formation du verbe γίνομαι (ginomai) :

-

(γίγνομαι, gignomai, en attique, Vè-IV è siècle)

est formé de la racine *gen (γεν) au degré zéro : γν

précédée du redoublement en ι de la racine

cf. RAGON Grammaire § 137 I, p.85 :

γι + γν (gi+gn)

simplifiée en γιν (gin) en dialecte ionien et dans la koinè, depuis Aristote :

la racine gĬgno>*gĪno 

cf. M. LEJEUNE, Phonétique § 67 

S’ ajoutent à la racine :

ο (voyelle thématique) + μαι (omai)  désinence primaire médio-passive de la première personne.

Les verbes à redoublement par ι, comme γίγνομαι  marquent surtout l’aboutissement de l’action

_c’est le cas par exemple de πίπτω (piptô) tomber, et de τίκτω (tiktô) enfanter_

Donc, même si l’on considère γίνομαι (ginomai) comme un suppléant de εἰμι (eimi), 

toutefois, il peut y avoir une recherche sémantique derrière l’alternance de leurs emplois,

c’est le cas , par exemple, au début de l’évangile de Jean.

-

II. Usage de γίνομαι ginomai  comme synonyme de εἰμι eimi ?

-

L’évangéliste joue sur l’alternance des deux verbes pour dire la différence

entre ce qui « est » de toute éternité et ce qui advient par l’action de ce qui est. 

Si on observe l’emploi de ces deux verbes dans les premiers versets du Prologue de Jean :

Premier verset :

Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος.

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

(Insistance sur le verbe par la répétition.)

On remarque que :

ἦν (était, εἰμι à l’imparfait) est employé au tout début et décrit

ce qui est , était de toute éternité (Dieu et la Parole).

Ensuite, γίνομαι (ginomai) à l’aoriste et au parfait

_temps qui n’existent pas pour le verbe εἰμι_

est employé pour dire ce qui advient, ce qui est créé,

ce qui n’existait pas jusqu’alors et qui arrive ensuite :

Verset 3 :

Πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο,

Toutes choses advinrent par elle (la parole)

(« furent » , si on prend le verbe comme simple synonyme)

καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἓν ὃ γέγονεν.

et sans elle, il n’advint (il ne fut)  rien de ce qui  est advenu (et est encore : valeur du parfait, ici)

Le parfait en fin de phrase est une mise en relief d’un état durable.

(la valeur du parfait étant de montrer le résultat de l’action qui commence dans le passé,

un état qui dure).

Donc il y a à la fois utilisation du verbe γίνομαι à la place de  εἰμι

aux temps qui n’ existent pas  pour ce dernier,

et jeu poétique sur le sens de ces deux verbes.

Pour le verset 30 du chapitre 1 de Jean :

Ὀπίσω μου ἔρχεται ἀνὴρ ὃς ἔμπροσθέν μου γέγονεν,

derrière moi vient un homme qui fut/est/sera (valeur du parfait) avant moi.

On ne peut dire de Jésus qu’il fut créé (ce qui a été l’objet d’hérésies au début du christianisme)

donc on peut dire que le verbe  γέγονεν est employé ici

parce que εἰμι est défectif (il n’existe pas au pafait)

et l’auteur voulait insister sur la valeur aspectuelle du verbe :

il « fut/est/sera » avant Jean.

-

 III. Autres traductions de γίνομαι, ginomai

-

Ἐγένετο ἄνθρωπος ἀπεσταλμένος παρὰ θεοῦ, ὄνομα αὐτῷ Ἰωάννης.

(Jn 1,6)

Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean.

Voir aussi le verset 10

Au verset 6, l’ usage de :

Ἐγένετο en début de verset, très fréquent dans le NT, est imité de la Septante,

et c’est un tour qui est lui-même calqué sur l’hébreu.

Deux tournures sont des décalques de l’hébreu : 

ἐγένετο + proposition infinitive : qui  a le sens de « il arriva que » …

(exemple Lc 6,6 « et il arriva un autre sabbat qu’il entre dans la synagogue » )

ἐγένετο + complément de temps +καὶ + verbe à un mode personnel :

traduire par « or » et ne pas traduire καί

(exemple Mc 4,4, la parabole du semeur « or pendant qu’il semait »…)

-

IV . Advenir, devenir, avoir lieu : 

-

D’ailleurs, ἐγένετο, en grec classique,  signifiait aussi parfois :

« il y eut , il arriva, il eut lieu, … « 

 

Et avec un attribut : « devenir « 

C’est encore le cas dans le NT, par exemple :

Καὶ ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο

(Jn 1,14)

« Et la parole devint chair ».

-

Bibliographie :

E. RAGON, A. DAIN, Grammaire grecque (J. de Gigord, Paris) § cités

Danielle ELLUL, Odile FLICHY Apprendre le grec biblique par les textes (Cerf) p. 166,167

 

 

 

 

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