18 janvier 2020

Baptême de Jésus

Classé dans : — evangilegrec @ 20 h 15 min

Le baptême de Jésus :

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Le baptême de Jésus est évoqué dans les quatre évangiles.

Dans le récit que constitue chaque évangile,

l’épisode a un double destinataire :

A l’intérieur du récit, Jésus le protagoniste, est celui qui reçoit les paroles

ou non (les paroles sont soit à la deuxième personne : « tu es mon fils … »,

soit à la troisième « celui-ci est mon fils »)

nous verrons les différences selon les évangiles.

C’est aussi un locuteur ou non (il parle ou bien il ne parle pas).

Que peut-on dire de la place du lecteur?

 

Regardons la scène,

faisons comme a fait Jean :

« Τεθέαμαι »   « j’ai regardé l’esprit descendre comme une colombe. « 

Le verbe cité  Τεθέαμαι « j’ai regardé » contient lui-même la racine θέα (théa)

qui a donné « théâtre » en français.

Un grand nombre de verbes,

dans les quatre récits, sont des verbes de perception.

La scène est soit donnée à voir au lecteur directement

soit rapportée par Jean le baptiste.

Nous verrons les différences.

 

Le prophète Esaïe avait écrit :

ἐὰν ἀνοίξῃς τὸν οὐρανόν…

lorsque tu ouvriras le ciel …

(la crainte de toi, seigneur, saisira les montagnes et elles s’écrouleront)

Esaïe 63,19

Ce qui compte c’est de voir que Jésus sort du silence et entre en scène au moment du baptême.

Les cieux se déchirent σχιζομένους (schidzoménous) τοὺς οὐρανούς et laissent apparaître… » (Marc) .

Il est intéressant de rapprocher cette révélation soudaine

du récit de la mort de Jésus à la fin du même évangile

lors de laquelle les rideaux du temple se déchirent :

Καὶ  τὸ  καταπέτασμα  τοῦ  ναοῦ  ἐσχίσθη  εἰς  δύο  ἀπ’ ἄνωθεν  ἕως  κάτω

et le rideau du temple se déchira en deux de haut en bas. (Marc)

C’est le même verbe qui est employé σχίζω (schidzô) déchirer.

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Dès lors nous nous posons plusieurs questions :

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Quelle différence de présentations y a-t-il entre les quatre évangiles ?

Quelle signification a ce baptême (Jésus avait-il « besoin » d’être baptisé) ?

En conclusion, quelle fonction le passage a-t-il dans les récits des évangiles ?

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Les différences (et les ressemblances) entre les récits des 4 évangiles.

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Selon Marc

Voyons le contexte de la  scène.

Les actions se succèdent rapidement chez Marc,

par la simple coordination « et »

Ἐγὼ ἐβάπτισα  ὑμᾶς ὕδατι
Moi, je vous ai baptisé d’eau
αὐτὸς δὲ βαπτίσει ὑμᾶς ἐν πνεύματι ἁγίῳ
mais lui vous baptisera dans l’esprit saint Mc 1,8
 

et on lit au verset suivant :

 
 Καὶ ἐγένετο ἐν ἐκείναις ταῖς ἡμέραις,
Et il arriva en ces jours-là
ἦλθεν Ἰησοῦς ἀπὸ Ναζαρὲτ τῆς Γαλιλαίας,
que Jésus vint de Nazareth de Galilée,
καὶ ἐβαπτίσθη εἰς τὸν Ἰορδάνην ὑπὸ Ἰωάννου.
et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean.
 
On a dans le verset 9 la reprise du même verbe à la  voix passive
Le tout est introduit par la formule calquée sur l’hébreu :  
 Καὶ ἐγένετο
pour  une entrée en scène remarquable.
 

Par cette succession rapide,

la visée de l’auteur semble être

de proposer un rapprochement entre le Seigneur (κύριος)

de la citation d’Esaïe,

celui qui baptisera dans l’Esprit saint,

et Jésus qui vient tout de suite après l’annonce.

En effet, Jean demande la conversion  en vue du royaume des cieux

verset 3 : il cite le prophète Esaïe, l’attente du messie :

« Préparez le chemin »

et c’est à ce moment précis  que Jésus apparaît.

Marc met ainsi en évidence que Jésus est celui qui est attendu comme Sauveur,

puisqu’il vient juste à ce moment-là.

Le mot κύριος désigne habituellement Dieu dans le Premier Testament,

c’est une première indication sur l’identité de Jésus/Dieu.

Marc emploie peu de mots pour raconter.

Il n’y a pas de dialogue entre Jean et Jésus.

Le récit associe la sortie de l’eau et la descente sur lui de l’Esprit

Avec un jeu de mot entre les verbes grecs « monter » et « descendre »

dans un rendu très visuel.

Καὶ  εὐθὺς ἀναβαίνων
et aussitôt sortant  
(en grec  ἀνα : de bas en haut dans ἀναβαίνων
qu’on traduit en français par « sortir » ce qui ne fait plus sentir le préverbe)
ἐκ τοῦ ὕδατος,
hors de l’eau
εἶδεν σχιζομένους τοὺς οὐρανούς,
il vit les cieux se déchirer
καὶ τὸ πνεῦμα ὡς περιστερὰν
et l’esprit comme une colombe
καταβαῖνον  εἰς αὐτόν
descendre sur lui. 
κατα, préverbe qui  veut dire « de haut en bas » 

Marc insiste sur la Révélation de Jésus :

pour lui le baptême est la première manifestation (épiphanie)

du fils de Dieu : il est Messie et roi.

L’accent est mis sur l’ouverture des cieux et la descente de l’Esprit.

Et sur la voix qui déclare l’identité divine de Jésus. .

Le baptême semble là pour dire que Jésus commence sa mission.

Il est confirmé par Dieu.

De plus, il sort de l’eau :

« sortir de l’eau » , « d’un bateau »… se dit  ἀναβαίνω en grec,

(mot formé sur βαίνω : « marcher » et  ἀνα  »de bas en haut »)

comme il sortira de la mort :  ἀνίστημι (verbe traduit en français par ressusciter)

(formé sur ἰστημι placer et  ἀνα de bas en haut.)

L’eau est symbole de la mort (et de la vie paradoxalement : l’eau vive)

Le lecteur de l’évangile doit recevoir cette annonce dès le début de l’évangile / Evangile.

Ensuite toujours coordonné par και vient « aussitôt » la tentation au désert.

Καὶ (et) εὐθὺς (aussitôt)  τὸ πνεῦμα αὐτὸν ἐκβάλλει εἰς τὴν ἔρημον.

l’Esprit le pousse au désert.

ἐκ  dans ἐκβάλλει préposition qui signifie « hors de » suggère une sortie de scène.

Au verset 16 : ce sera l’appel des premiers disciples.

Comme Marc est le plus ancien des évangiles tout est aussi plus concis.

-

Selon Luc :

Luc a évoqué l’ arrestation de Jean auparavant.

En 3,20, il est sorti de scène.

Il est enfermé dans une prison.

C’est seulement ensuite qu’il fait « entrer »  Jésus,

le baptême de Jésus est évoqué en deux versets :

« comme il a été baptisé » au participe aoriste passif ,

Ἰησοῦ βαπτισθέντος

l’expression est au génitif absolu.

C’est comme si l’action avait eu lieu hors champ du spectateur,

car le temps suggère un retour en arrière,

Jésus a dû être baptisé par Jean avant l’arrestation de ce dernier.

La visée du metteur en scène Luc :

serait-elle de mettre en évidence la différence entre leurs baptêmes ?

Comme pour Marc, l’évocation du baptême est très courte

et le centre semble être la reconnaissance divine.

La phrase prononcée par Dieu est mise en évidence par la syntaxe,

alors que le baptême en lui-même est une « circonstance » passée de l’action :

Il y a une circonstance au participe présent à l’intérieur de laquelle

se situe l’action :  Jésus est en prière.

καὶ προσευχομένου, participe présent moyen du verbe prier.

(En prière comme lors de la Transfiguration

comme si nous devions, nous lecteurs/ spectateurs , relier ces deux épisodes.)

La descente de l’Esprit sous forme d’une colombe est introduite par

Ἐγένετο δὲ, il arriva que

et les verbes sont à l’infinitif, faisant de Ἐγένετο δὲ un verbe impersonnel,

c’est une sorte de présentation de la scène comme un tableau.

Jésus ne parle pas,

mais toujours dépendant de Ἐγένετο egeneto, on a un infinitif :

καὶ φωνὴν ἐξ οὐρανοῦ γενέσθαι, λέγουσαν

il y eut une voix ( γενέσθαι verbe être) venue du ciel qui disait…

L’absence d’article devant φωνὴν phônèn, la voix, marque l’indéfinition,

et souligne la surprise, l’absence d’explication,

et place le lecteur en position de spectateur externe

qui découvre la scène sans explications sous forme de Révélation.

φωνὴν est à l’accusatif comme sujet du verbe à l’infinitif (proposition infinitive)

Le verbe introducteur est aussi le verbe introduit γενέσθαι, verbe d’état. 

La parole de Dieu est donnée à la deuxième personne :

Jésus est le destinataire muet, il est en prière dans une foule de baptisés.

L’auteur montre à travers le baptême que l’homme Jésus

entraîne toute l’humanité dans un plongeon (étymologie de βαπτίζω)

qui la fait passer de la mort à la vie avec l’Esprit τὸ πνεῦμα.

καταβῆναι τὸ πνεῦμα l’esprit descend sur lui:

   κατα de haut en bas + βαίνω (βῆναι à l’infinitif).

L’Esprit dans un mouvement inverse à celui de la sortie de l’eau

vient à la rencontre de l’humain  (ce qui le « transfigurera » voir le rapprochement chez Marc).

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On a les mêmes rappels du Premier Testament chez Marc et Luc :

Les eaux, la colombe (cf. Noé par exemple).

La figure d’Isaac avec l’adjectif « bien-aimé » donné à Isaac.

Jésus est le prophète attendu, annoncé en dernier lieu

par le dernier des prophètes : Jean dit l’imminence du Royaume.

Ces reprises nous invitent évidemment à lire le baptême de Jésus

comme une « construction signifiante » et non comme un souvenir historique.

Selon Matthieu :

Matthieu parle aussi de Jean.

Il  place également les tentations de Jésus juste après.

Mais chez Matthieu, il y a un dialogue entre Jésus et Jean,

ce dialogue lui est propre.

Jésus est au milieu d’une foule chez Matthieu,

cela représente l’immersion de Jésus parmi les pécheurs

et renvoie à sa mort sur la croix pour les pécheurs.

Τότε παραγίνεται ὁ Ἰησοῦς ἀπὸ τῆς Γαλιλαίας

ἐπὶ τὸν Ἰορδάνην πρὸς τὸν Ἰωάννην, τοῦ βαπτισθῆναι ὑπ’ αὐτοῦ.

3,13

« pour être baptisé » :

Jésus va au-devant de Jean avec le but d’être baptisé.

Les prépositions παρα de παραγίνεται ἀπὸ et ἐπὶ

donnent un cadre précis à une scène qui marque un arrêt

après un cheminement (que l’on ne connaît pas) la scène s’ouvre

sur un « aujourd’hui » ἄρτι

Jésus parle cette fois-ci :

Ἀποκριθεὶς δὲ ὁ Ἰησοῦς εἶπεν πρὸς αὐτόν, Ἄφες ἄρτι

Et Jésus, en réponse, lui dit : laisse faire aujourd’hui.

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Selon Jean :

Chez Jean le baptême est une simple évocation.

Jean (celui qui baptise) raconte ce qu’il a vu au passé, et témoigne,

c’est l’idée de « témoigner » qui est ainsi soulignée :

Καὶ ἐμαρτύρησεν Ἰωάννης λέγων ὅτι
Et Jean témoigna en disant :
Τεθέαμαι τὸ πνεῦμα καταβαῖνον
« J’ai regardé l’Esprit descendre
(Τεθέαμαι plus important que le verbe « voir »
employé habituellement, et verbe au parfait :
un état qui dure)
 ὡς περιστερὰν ἐξ οὐρανοῦ,
comme une colombe, du ciel ,
καὶ ἔμεινεν ἐπ’ αὐτόν.
et il est resté sur lui. Jn 1,32
(verbe « rester, demeurer » est important au seuil de l’évangile :
la trinité est ici reconnue d’emblée) 

Jean nie être le prophète attendu :

cela ne se trouve pas chez les autres évangélistes.

Il met en évidence l’idée du « témoignage »

« je témoigne…que c’est le messie attendu.. ».

Κἀγὼ ἑώρακα,
Et moi je l’ai vu,
καὶ μεμαρτύρηκα ὅτι
et j’ai rendu témoignage / je témoigne (verbe au parfait) Jn 1,34
Les deux verbes soulignés sont au parfait.

Jean le baptiste est là pour témoigner de la lumière manifestée dans le monde :

ἀλλ’ ἵνα φανερωθῇ τῷ Ἰσραήλ,
mais pour qu’il fût manifesté à Israël Jn 1,31
Le verbe souligné est important formé sur le même radical que la lumière
dont il est question dans le prologue.

La parole de Dieu lors du baptême est mise en lumière :

l’identité de Jésus est mise en lumière.

L’épisode suivant est l’appel des premiers disciples.

-

Ces différentes présentations nous invitent

à nous interroger sur la signification du baptême :

On note une conception propre à chaque évangéliste.

Les différences entre les évangiles montrent bien que chacun

doit être lu comme un tout avec une visée propre .

Le baptême est au service de la Révélation de l’identité de Jésus :

selon les nuances de chaque évangéliste.

Ce qui compte c’est la manifestation, la Révélation.

Pour les auteurs, il est important de marquer le début de la mission de Jésus,

et l’adhésion de Jésus à la volonté de son Père.

« L’agneau de Dieu » (Jn 1,29) est déjà une annonce de sa mort

et de sa résurrection,

tout comme l’eau dans laquelle Jésus est plongé :

la mort (on se noie) et la résurrection.

C’est aussi une annonce trinitaires dès le début des évangiles.

L’Esprit Saint descend sur Jésus puis   »demeure » en lui

(cf.épisode suivant : l’Esprit le pousse au désert).

Les disciples ne sont pas encore choisis quand le baptême a lieu,

ce baptême étant au seuil de la vie publique de Jésus.

Ils seront les témoins, pour trois d’entre eux, lors de la Transfiguration,

un passage où on retrouve des échos (voir article « progression du texte de Marc« )

en effet, au cours de la Transfiguration, les mêmes mots sont prononcés

« celui-ci est mon fils bien-aimé » ou « tu es… ».

(placé au centre de l’évangile chez Marc)

-

Donc

le récit du baptême constitue une annonce au lecteur :

C’est la voix de Dieu donnée au lecteur directement « celui-ci est mon fils… »

un épisode qui est important pour sa fonction :

Préparer le lecteur à recevoir la Bonne Nouvelle par la connaissance de l’identité de Jésus-

identité qui n’est pas connue des disciples à venir.

Donc le lecteur de l’évangile aura tout le loisir d’observer les personnages autour de Jésus,

leurs erreurs, leurs paroles trop rapides, leur incompréhension,

mais aussi leurs yeux qui s’ouvrent.

C’est ce qu’on appelle la double destination au théâtre :

le spectateur étant celui qui a une vue d’ensemble.

Il pourra tout comme Jean le baptiste être « un témoin ».

 

 

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