• Accueil
  • > Connaître γινώσκειν (ginoskein) et savoir εἰδέναι (eidénai)

5 juin 2019

Connaître γινώσκειν (ginoskein) et savoir εἰδέναι (eidénai)

Classé dans : — evangilegrec @ 10 h 06 min

Connaître γινώσκειν (ginoskein) et εἰδέναι (eidénai)

Nous analysons deux mots grecs pour dire l’un   »connaître », l’autre « savoir ».

Nous montrons leurs usages dans le Premier Testament,

puis dans le Deuxième Testament,

les nuances de sens qui permettent de faire la différence entre les deux,

enfin nous montrerons en quoi ces deux mots permettent d’exprimer la connaissance de Dieu.

 

I. Le mot « connaître » dans le Premier Testament et étymologie

Il renvoie à l’expérience concrète de quelque chose

ou de quelqu’un (entrer en relation avec lui)

et non à une connaissance théorique et intellectuelle.

C’est vrai à la fois pour le mot  γινώσκειν (ginoskein)

et pour savoir εἰδέναι (eidénai)

Connaître Dieu c’est : 

  • être sous le coup de son jugement,

 

Ez 12,15 : version de la Septante :

καὶ γνώσονται διότι ἐγὼ κύριος

et ils connaîtront que je suis le seigneur

 

  • ou entrer dans son Alliance :

 

Dieu se fait connaître mais le peuple refuse de le connaître :

τοίνυν αἰχμάλωτος ὁ λαός μου ἐγενήθη

διὰ τὸ μὴ εἰδέναι αὐτοὺς τὸν κύριον

« Aussi mon peuple est devenu captif 

parce qu’ils n’ont pas connu le Seigneur »

Is 5,13 (Septante)

-

Dans ces deux exemples de la Septante,

on trouve deux verbes différents pour dire « connaître ».

Le deuxième verbe est un ancien parfait οἶδα à l’infinitif, dans le texte.

 

La valeur du parfait insiste sur le résultat présent d’une action passée :

-thème eidô*,  qu’on trouve dans εἶδον (eidon) aoriste de ὁράω (oraô) – voir :

ainsi, on connaît pour avoir vu.

Quant au premier verbe :

C’est le futur de γινώσκω (ginôskô)

Dans ginosko, le suffixe σκω (sko)

marque un effort répété pour obtenir quelque chose :

Donc le sens est :

apprendre à connaître, venir à la connaissance, connaître

 

Comme διδάσκω, γίνώσκω (γιγνώσκω dans l’usage classique)

est un présent à redoublement expressif où le suffixe σκω

  »semble » (CHANTRAINE) exprimer une action que l’on répète pour réussir. 

γίνώσκω : apprendre à connaître peu à peu

διδάσκω : enseigner par des leçons répétées

 

II. Dans le Deuxième Testament : 

 

Les verbes « connaître » γινώσκειν (ginoskein) et εἰδέναι (eidénai) « savoir »

sont souvent employés et semblent garder la plupart du temps, leurs nuances.

 

A la Pentecôte le don de l’Esprit Saint permet la vraie connaissance de Dieu.

Jean marque, plus que les Synoptiques, les étapes de la conversion :

Ἐγώ εἰμι ὁ ποιμὴν ὁ καλός, καὶ γινώσκω τὰ ἐμά, καὶ γινώσκουσίν με τὰ ἐμά .

Jn 10,14 :

Moi je suis le bon berger, et je connais les miennes (mes brebis)

et elles me connaissent »

La connaissance est possible sous la conduite du berger

(image fréquente du Christ berger)  :

Le verbe est employé à la voix active puis à la voix passive,

ce qui suggère la circulation de l’Esprit.

Le sens étymologique souligne une connaissance progressive

par une longue fréquentation.

 

Καθὼς γινώσκει με ὁ πατήρ,

κἀγὼ γινώσκω τὸν πατέρα :

καὶ τὴν ψυχήν μου τίθημι ὑπὲρ τῶν προβάτων

 

Ici les corrélatifs : Καθὼς (comme/de même que … καὶ, de même)

sont aussi l’expression

de cette union du Père et du Fils, chacun gardant sa singularité,

et le deuxième kai (κἀγὼ est une crase pour kai égo) 

introduit au don fait aux hommes, qui entrent de ce fait dans le cercle de l’amour

du Fils pour le Père, du Père pour le Fils,

et dans la glorification.

Donc dans ce verset, on passe de la connaissance à la participation à la gloire de Dieu.

 

τίθημι (tithèmi) : premier sens « je dépose » = je donne (sur la croix) 

τὴν ψυχήν (tèn psuchèn) : ma vie , au sens de « souffle de vie ». 

Encore une fois, le verbe γινώσκω apparaît dans son sens étymologique :

on insiste sur le procès, la connaissance répétée, voulue.

 

Ταῦτα ἐν παροιμίαις λελάληκα ὑμῖν ·

ἔρχεται ὥρα ὅτε οὐκέτι ἐν παροιμίαις λαλήσω ὑμῖν,

ἀλλὰ παρρησίᾳ περὶ τοῦ πατρὸς ἀπαγγελῶ ὑμῖν. Jn 16,25

L’énigme dure jusqu’à ce que « ouvertement » l’annonce soit faite.

ἀπαγγελῶ : le verbe a le sens de « faire connaître » littéralement : sortir pour être annoncé

 

Est-ce que les verbes γινώσκειν (ginoskein) et εἰδέναι (eidénai)

ont des emplois spécifiques dans le NT ?

 

Dans la lettre de Jean, nous retrouvons dans un même paragraphe

les verbes « savoir » et « connaître » :

Οἴδαμεν δὲ ὅτι ὁ υἱὸς τοῦ θεοῦ ἥκει,

 

Nous savons que le fils de Dieu vient

καὶ δέδωκεν ἡμῖν διάνοιαν ἵνα γινώσκωμεν τὸν ἀληθινόν: …

et qu’il nous a donné le discernement pour connaître le vrai

καί ἐσμεν ἐν τῷ ἀληθινῷ, ἐν τῷ υἱῷ αὐτοῦ Ἰησοῦ χριστῷ.

Et nous sommes dans le vrai, dans son Fils Jésus Christ

Οὗτός ἐστιν ὁ ἀληθινὸς θεός, καὶ  ἡ ζωὴ ἡ αἰώνιος .

Celui-ci est le vrai Dieu , et la vie éternelle.

1Jn 5,20

Ici le verbe Οἴδαμεν est bien traduit par « savoir (un résultat)

et  γινώσκειν par connaître : un long processus de vie.

 

De plus, chez Jean, la vie éternelle est définie par :

« te connaître toi le seul véritable Dieu et ton envoyé Jésus Christ » 

Αὕτη δέ ἐστιν ἡ αἰώνιος ζωή,

ἵνα γινώσκωσίν σε τὸν μόνον ἀληθινὸν θεόν,

καὶ ὃν ἀπέστειλας Ἰησοῦν χριστόν.

Jn 17,3

Saint Paul aussi abandonne la sagesse théorique

(cf. monde grec, philosophie, la sophia)

et emploie souvent le verbe εἰδέναι

pour dire que la connaissance est permise par la présence

de l’Esprit saint qui permet de connaître  γινώσκειν Dieu.

Par exemple : 1Co 2,11.12

 

Peut-être y a-t-il le souvenir des vocables de la Septante ?

 

 III. Le sens de la connaissance : une connaissance imparfaite.

Au-dessus de la connaissance : l’amour

 

Finalement si « connaître » avec le suffixe sko marquant l’ effort,

est souvent employé,

c’est que la connaissance n’est pas un but en soi, et n’est jamais finie (remplie/ complète).

La connaissance de l’amour de Dieu surpasse toute connaissance :

ce n’est pas une connaissance qui rend orgueilleux.

Car connaître ne suffit pas

Ce qui compte c’est connaître l’amour

Connaître et amour sont liés dans le verset suivant :

γνῶναί τε τὴν ὑπερβάλλουσαν τῆς γνώσεως ἀγάπην τοῦ χριστοῦ,

ἵνα πληρωθῆτε εἰς πᾶν τὸ πλήρωμα τοῦ θεοῦ.

Ep 3,19

En effet :

Notre connaissance est limitée, Dieu lui est l’illimité.

Le grec serait donc bien une « langue théologique » (titre d’un ouvrage, cf. bibliographie)

capable de faire comprendre l’incomplétude de notre connaissance.

(cf. l’arbre de la connaissance dans la Genèse et le lien avec l’orgueil :

Gn 2,9 Version de la Septante :

τὸ ξύλον τοῦ εἰδέναι γνωστὸν καλοῦ καὶ πονηροῦ.

L’arbre qui fait savoir ce que l’on peut connaître du bien et du mal

Dans ce passage de la Genèse, on trouve les deux verbes:

γνωστὸν étant l’adjectif verbal qui exprime la possibilité, 

Dieu interdit à Adam et Eve d’y toucher. )

-

Donc connaître c’est connaître la Vérité : 

« véritable » se dit a-lethès, non caché :

c’est par la révélation que la connaissance est possible. 

C’est une nouvelle naissance « con-naissance »

(étymologiquement : « naître avec » )

une naissance avec l’Esprit Saint. 

Connaître la vérité c’est s’ouvrir au Logos,

par le logos s’ouvre un espace possible :

un dialogue (dia-logos) .

La circulation est possible entre les personnes de la trinité par l’agapè :

le lien de l’amour-tendresse.

La vérité est recherche et non acquisition (suffixe -sko de ginosko) 

ou le résultat présent d’un lien intime (verbe oida) qui n’est pas fini.

« Je suis le chemin » (vers Dieu, jamais fini, contraire de la possession) 

« la vérité » (ce qui se révèle)

et la Vie (vie nouvelle avec l’Esprit Saint) 

Dans le Premier Testament : 

On peut rapprocher l’idée de connaissance du mot  amen = en vérité,

c’est-à-dire : je m’appuie sur quelque chose de sûr, je suis fidèle.

 

Laisser un commentaire

En route pour les JMJ 2016 ... |
Ousmane TIMERA |
Omero Marongiu-Perria |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | PUISSANT MAITRE MEDIUM SHA...
| Où subsiste la catholicité ?
| Formation permanente