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8 mars 2018

Démon, τὸ δαιμόνιον (to daimonion)

Classé dans : — evangilegrec @ 15 h 56 min

Le démon : τὸ δαιμόνιον (to daimonion)

Les démons : τὰ δαιμόνια (ta daimonia) 

et autres maux…

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 τὰ δαιμόνια (ta daimonia) , les démons, est synonyme de :

τὰ ἀκάθαρτα  πνεύματα (ta akatharta pneumata) les esprits impurs :

Ces expressions sont toutes les deux au pluriel.

τὰ ἀκάθαρτα  πνεύματα «Esprits impurs » apparaît une seule fois dans la Septante

(Bible traduite de l’hébreu en grec à Alexandrie) .

Il traduit l’expression hebraïque : « souffle d’impureté ».

Donc une expression (souffles impurs) est influencée par l’hébreu,

tandis que  l’autre désignation :  τὰ δαιμόνια (ta daimonia) est un mot grec

dont nous retraçons l’étymologie ci-dessous.

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I. Étymologie :

1. τὸ δαιμόνιον diminutif de τὸ δαίμων dans la langue classique : 

τὸ δαιμόνιον (to daimonion) au neutre singulier est un diminutif de :

τὸ δαίμων, ονος (to daimon),

τὸ δαίμων en grec classique : dieu (Bailly)

plus précisément : une puissance divine, le destin,

τὸ δαίμων = le dieu non individualisé (ex.chez Homère),

par opposition à ὁ θεός, ου ( théos) un dieu individualisé.

τὸ δαίμων, to daimon désigne une divinité que l’on ne peut pas nommer,

qui n’est pas un objet de culte.

Le mot peut être positif ou négatif : Chez Platon, Socrate « a un démon », un génie.

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τὸ δαιμόνιον (daimonion), avec un suffixe diminutif, désigne dans la littérature classique :

un être surnaturel intermédiaire entre la divinité et l’homme (Bailly)

Ce mot est passé dans le vocabulaire chrétien en mauvaise part : le démon =  l’esprit malin.

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 2. Les dérivés de δαίμων (daimon)

Beaucoup de mots sont formés à partir du radical δαίμων , daimon en grec classique :

Notamment le mot εὐδαίμων (eudaimon) , heureux

(littéralement : qui possède un bon génie)

et à l’inverse : κακοδαίμων kakodaimon (malheureux).

κακοδαιμονέω kakodaimonéo, être malheureux.

Chez les auteurs de tragédies grecques : δαιμονάω daimonao = être possédé

κακοδαιμονίζω kakodaimonizo : juger malheureux

Des dérivés : δαιμόνιος daimonios , possédé d’un dieu (Homère)…

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3. La racine :

Ce mot est à rapprocher de daiomai :

distribuer (à chacun sa part) partager (partage de nourriture dans un banquet) diviser.

Donc on a l’idée de ce qui déchire, et qui perturbe dans ta daimonia.

cf. Dictionnaire de Chantraine p. 237

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II. Dans le Nouveau Testament

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1.τὸ δαιμόνιον , to daimonion.

le mot le plus employé est non pas τὸ δαίμων,  daimon ( une fois en Mt 8,31) , mais le diminutif :

τὸ δαιμόνιον , to daimonion.

 On trouve par exemple (les observateurs parlant de Jésus) :

« il a un démon ». echei to daimonion.

on le trouve surtout au pluriel:

Par exemple, « il chassait les démons ».

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2. τὰ ἀκάθαρτα  πνεύματα (ta akatharta pneumata) les esprits impurs

 

On trouve indifféremment daimonia et

τὰ ἀκάθαρτα  πνεύματα, esprits impurs  (akatharta pneumata)

des esprits impurs  cf. Mc 7,25 ; Mt 10 Mc 6

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3. Retour sur le contexte de l’époque : 

Dans la mythologie babylonienne et dans la mentalité de l’ancien Orient en général,

pour expliquer les maux dans leur diversité, l’homme a attribué

les maladies, les maux psychiques, le mal sous toutes ses formes à de multiples divinités,

qu’il faut combattre avec différents sacrifices… puis l’influence a été constante dans la mentalité antique…

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Le pluriel dans  ta daimonia et ta pneumata akatharta peut venir de là.

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Pourquoi τὰ ἀκάθαρτα  πνεύματα  « akatharta » impurs

Dans le Premier Testament, la notion de pur et d’impur est importante (cf. Lévitique) .

Tout ce qui est considéré comme impur met l’homme à part,

le sépare de l’ensemble de la société ( et on rejoint ici l’étymologie de daimonion, daiomai, déchirer, partager).

L’homme possédé par les esprits impurs erre dans le désert, entre les tombes.

L’impur n’est pas une faute morale, mais est un danger pour l’intégrité de l’homme et du groupe social.

Dans la Vulgate

(Bible traduite de l’hébreu en latin par Saint Jérôme)

« esprit impur » est traduit par « spiritus immundus »,

on retrouve cette idée d’être « en dehors du monde » des hommes.

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III. Chasser les démons

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1. Pour Jésus, « chasser les esprits impurs »

n’est pas un acte magique comme dans la mythologie babylonienne,

ce n’est pas non plus une démonstration de pouvoir personnel,

c’est restaurer la Création : remettre l’homme au milieu des autres hommes,

le réconcilier avec lui-même et avec les autres.

Dieu a voulu la Création bonne (cf. Genèse)

l’homme est face à des résistances (daimonia) Jésus vient remettre debout (Va, ta foi t’a sauvé… )

La miséricorde de Dieu (son amour sans condition) est avant l’acte de l’homme

(cf. passage de la parabole de l’enfant prodigue, l’enfant n’a rien dit de ce qu’il avait préparé,

c’est son père qui a couru en premier vers lui et l’a accueilli). Cf. Lc 15,17

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2. Donc τἀ δαιμόνια (ta daimonia) désigne les forces du mal en général : 

car dans la mentalité de l’époque, mal moral et mal physique sont liés :

Jésus guérit les malades et expulse les démons.

Mais ce qui compte c’est que cette idée d’expulser ou de soigner (therapeuo)

est toujours jointe à celle de mettre debout (anistèmi) (egeirô) (= à la fois relever et ressusciter) .

Si les évangélistes semblent vouloir dire que Jésus  ne voulait pas  multiplier  les actes de guérison,

c’est pour montrer qu’il ne voulait pas agir comme un thaumaturge.

« Le Royaume de Dieu » est là dit-il en Lc 11,20.

C’est cette annonce qui est première et liée à la guérison.

Les verbes « suivre »,  » se convertir »  sont liés à ces passages.

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 3. D’autres mots désignent le Mal dans la Bible : 

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1. διάβολος Diabolos

Diabolos, Satanas, Beezeboul…

Ce sont des singuliers.

Ils font peut-être  référence davantage à ce qui divise l’homme de l’intérieur?

διάβολος , diabolos,  est un mot grec qui est formé du préfixe δια,  dia (à travers)

et d’un dérivé du verbe βάλλω ballô, jeter, mettre  :

L’idée est de « se mettre en travers pour diviser ». cf. Lc 16,1 (= l’accusateur, celui qui divise)

Thomas Römer, dans Les 100 mots de la Bible, (collection Que sais-je?)

montre que les deux forces opposées (le mal et le bien) ont toujours questionné les mentalités

(exemple dans le polythéisme, le zoroastrisme) des forces bonnes combattent des forces mauvaises.

Avec la naissance du monothéisme, la question du mal se pose différemment :

Dieu pourrait-il être à l’origine du mal ?  D’où vient le mal ? Une réflexion nouvelle s’ouvre :

l’homme est-il divisé en lui-même ? attiré vers le mal aussi bien que vers le mal ?….donc divisé.

Quoi qu’il en soit diabolos est  une puissance qui s’oppose à la vie.

Voir aussi p.337 NVB

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2. Σατανᾶς,  Satanas :

dans la Septante,  Σατανᾶς, (Satanas)

 est traduit par διάβολος,  diabolos cf. Lc 10, 17-20

Mot hébreu,  parfois traduit par :

« ennemi » « adversaire »  ;

Une racine qui signifie « être hostile ».

Ce mot sous-entend une force hostile en face de Dieu.

Dans Job 1-2 : est employé comme nom propre.

Dans ce passage, comme dans d’autres passages du Premier Testament,

Satan est chargé de d’accuser les hommes quand ils ont mal agi, les tenter pour les éprouver.

cf. 1Ch21,1

Le mot apparaît 36 fois dans le NT (mais une seule fois chez Jn 13,27)

5 fois chez Luc.  Voir notamment : Lc 10,18-19

La Vulgate traduit par Satanas.

Donc

Satan est un Adversaire, une menace car il perce l’intimité des coeurs humains,

ce Satanas vient de traditions diverses :

Satan qui joue près de Dieu un rôle de scrutateur, pour faire tomber,

et un Satan proche de la tradition des daimonia.

(cf.Lc 13,16) Satan vient aussi en Judas le traître.

Dans le récit de la tentation, Luc utilise le mot diabolos,

contrairement aux autres Synoptiques qui emploient Satan. cf. Mc 1,13

(Sens chez Paul et dans l’Apocalypse :  cf. p.336 du NVB) (cf. bibliographie)

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3. Beelzéboul : le chef des démons 

Etymologie qui renverrait au dieu cananéen Baal.

Les maux qui accablent les hommes sont nombreux,

ils sont sous les ordres de Beelzéboul (une façon de les rassembler sous un seul chef)

Mt10, 25 et 12, 24.27, Mc 3, 22, Lc 11, 15 ;18-19

Le Prince de ce monde : Jn 12, 31

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BIBLIOGRAPHIE : 

P. CHANTRAINE Dictionnaire étymologique de la langue grecque (Klincksieck)

J. DORE (dir.) Jésus l’Encyclopédie, M. BERDER :  « les démons qui sont-ils ? Que font-ils? » p. 304-305

X. LEON-DUFOUR (dir.)Vocabulaire de Théologie biblique, article « démons » p.197 dans l’édition1961

B. KABONGO-MBAYA dans Des Mots de la Bible, ouvrage collectif, édition Passiflores (2010),  article « daimôn » p.65

PREVOST J.P. (dir.) Nouveau Vocabulaire biblique, articles « daimonion » p.325, « diabolos » p. 331.

RÔMER Th. Les Cent Mots de la Bible (Que sais-je, PUF, 2016) article « diable » p.42

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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