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5 juin 2019

Discours d’adieu et prière sacerdotale (Jean)

Classé dans : — evangilegrec @ 17 h 32 min

Discours d’adieu et prière au Père : 

Jésus fait un long discours après la Cène.

Celui-ci s’étend sur 3 chapitres : de 13,33 au chapitre 17.

Au chapitre 17,

l’évangéliste a introduit une prière au Père,

qu’on a appelée « prière sacerdotale » dans la tradition

(il n’y a pas d’institution du Notre Père dans l’évangile de Jean

et certains commentateurs font le parallèle avec ce passage

où Jésus invoque son père en répétant deux fois : 

πατέρ au vocatif.) 

 

I. Le plan de ces trois chapitres : 

 

On peut voir trois parties :

Un premier discours d’adieu : 13,33 à 14,31.

Jésus dit à ses disciples (Τεκνία « petits enfants »)

qu’il va vers le Père :

ὅτι Ὅπου ἐγὼ ὑπάγω , ὑμεῖς οὐ δύνασθε ἐλθεῖν

… que là où je vais , vous, vous ne pouvez venir.

C’est l’annonce de sa mort et de sa résurrection.

Une sorte d’anticipation dans le discours de ce qui adviendra

ensuite dans le récit.

 

Un deuxième discours d’adieu : de 14,31 à 16

après :

Ἐγείρεσθε, ἄγωμεν ἐντεῦθεν

Levez-vous, partons d’ici

 

Jésus montre à ses disciples le rapport qu’ils ont avec le monde.

 

Enfin une troisième partie, la « prière sacerdotale ».

commence par :

καὶ ἐπῆρεν τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῦ εἰς τὸν οὐρανόν

et il leva les yeux au ciel …17,1

Dans les autres évangiles, les Synoptiques, on ne trouve pas de discours équivalent.

De même, le lavement des pieds qui précède ces discours, n’appartient qu’à Jean.

 

Le « discours d’adieu » est un topos de la littérature juive et de la littérature grecque :

par exemple, on connaît le discours de Jacob à ses enfants,

ou le discours de Socrate à ses disciples avant sa mort

ces discours suivent tous le même schéma comportant trois éléments :

 

(le discours est au style direct)

1.un regard rétrospectif sur le passé. (une relecture des évènements).

2. des exhortations (une sorte de testament : que faire de ce que le défunt laisse en héritage)

et

3. l’annonce des événements à venir, un envoi…

 

Ici dans le discours d’adieu, il y a un paradoxe :

celui qui s’en va se rend présent d’une autre façon.

En effet, celui qui meurt au moment où il meurt offre

un « chemin » de vie, et une ouverture à la vérité.

 

II. Ce que dit Jésus : 

 

Le Christ est élevé, glorifié.

Le temps après Pâques n’est pas le temps de l’absence,

mais le temps d’une nouvelle présence en la personne du « paraclet » l’Esprit Saint.

Dans ses paroles, Jésus anticipe sur ce qui arrivera juste après

(et que les disciples ne sont pas encore capables de comprendre.)

 

L’essentiel du message au début est :

 

L’absent sera présent autrement,

et pour être ainsi présent il doit s’en aller, paradoxe !

« je ne vous laisserai pas orphelins, je viens » Jn 14,18

Celui qu’on ne voit plus est celui qui communique la vie à ses disciples.

Ἔτι μικρὸν καὶ ὁ κόσμος με οὐκέτι θεωρεῖ,

ὑμεῖς δὲ θεωρεῖτέ με : ὅτι ἐγὼ ζῶ, καὶ ὑμεῖς ζήσεσθε.

Encore, un peu de temps, et le monde ne me verra plus ;

mais vous, vous me verrez : parce que je vis, vous aussi, vous vivrez.

14,19

Jésus donne à ses disciples le Paraclet

(c’est le nom donné à l’Esprit Saint, précédemment nommé : πνεῦμα ἃγιος)

le paraclet est l’avocat, celui qu’on appelle (kaléo) à côté (para) dans un tribunal.

et c’est le consolateur

(παρακαλέω : appeler à ses côtés, ou consoler)

 

Le « premier discours d’adieu » se termine par

« « levez-vous partons d’ici » (14,31)

 

Contenu du deuxième discours : 

2.

Puis commence un nouveau discours de Jésus.

Le second a pour objet ce que deviendront les disciples,

comment ils vivront ensemble.

Les verbes « rester » et « demeurer » reviennent souvent.*

De même, les mots « amour » « ἀγάπη

et « joie » χαρὰ sont répétés à plusieurs reprises.

Se mêlent la tristesse λύπη du départ

(ils ont besoin d’être consolés)

et l’annonce de la joie à venir :

ἀλλ’ ἡ λύπη ὑμῶν εἰς χαρὰν γενήσεται.

« Mais votre tristesse sera changée en joie » 

16,20

(Notons qu’Eucharistie comporte

cette idée de la joie par le préfixe ευ 

et la grâce χάρις,

le discours d’adieu chez Jean

est placé à l’endroit où les autres évangélistes synoptiques

racontent le repas et l’action de grâce de Jésus) 

 

Jésus parle aussi de l’ignorance et de la connaissance :

seul l’acte de foi (la confiance) permet la connaissance.

Les verbes « connaître » « demander » «  entendre » sont répétés

Souvent le verbe « faire » est repris : « comme je fais, faites aussi… »

 *

A noter que :

En 15,20, on trouve le verbe μιμνῄσκομαι:

Μνημονεύετε (souvenez-vous » /et 16,4 : « se souvenir » ) :

La  racine de « demeurer » μένω 

est  *men /mon ( ou ex. manere en latin) 

et la racine de μιμνῄσκομαι qui est *men/mon aussi

mais elle renvoie à  tout ce qui touche à l’esprit « mens » :

ce sont deux racines homophones différentes.

cf.Ndiaye Emilia De l’indo-européen au latin et au grec (Safran) p.75

 

3.

Dans un troisième temps, au chapitre 17, nous lisons la prière sacerdotale :

 

Après avoir fait ses adieux à ses disciples en leur livrant un enseignement,

Jésus se tourne vers son père.

On appelle cette prière « sacerdotale »

car Jésus est glorifié dans sa prière même.

La prière elle-même transmet la vie éternelle :

c’est un chemin vers le Père.

 

Jésus confie le monde à ses disciples

et part vers le Père (importance du verbe erchomai)

le kosmos : où restent les disciples

le don de soi : verbe didomi à plusieurs reprises comme un refrain.

apostello : envoyer repris également.

l’argument de l’unité est introduit aux versets 22-23.

 

Verset 13 : ils ne sont « pas du monde »

signifie qu’ ils ne dépendent pas d’un mal qui agit dans le monde,

car on peut superposer l’expression « du mal » (plus loin) et « du monde ».

Jésus demande de sanctifier les hommes : verset17

Les versets 20-23 parlent de l’unité :

l’unité du Père et du Fils

et au verset 23 : « que les hommes aussi soient un. »

Le rythme ternaire souligne la trinité sous-jacente,

le Père, le Fils et l’Esprit donné aux hommes :

« moi en eux / toi en moi/ qu’ils soient un ».

et :

« que tu m’as envoyé /

et que tu les as aimé /

comme tu m’as aimé ».

L’unité est soulignée par le jeu des pronoms.

 

Le choix du neutre singulier en  17,24 ὃ « ce que »

souligne l’unité des croyants « ce que tu m’as donné »,

 Mais certaines leçons des manuscrits donnent οὓς

le pronom relatif accusatif pluriel.

Le pronom relatif au neutre singulier

est repris par le pluriel :

est-ce la reconnaissance de la pluralité des hommes

et leur unité tout à la fois ?

κἀκεῖνοι (crase pour καί ἐκεῖνοι) « ceux-là aussi » (soient avec moi)

 

Le chapitre 17 se termine par l’amour : le lien, ce qui fait connaître…

 

Ainsi les trois mots de 14,6 :

« je suis le chemin, la vérité et la vie » (de Jésus à ses disciples)

sont éclairés par la fin.

 

Conclusion : 

Donc il n’y a que dans l’évangile de Jean que l’on trouve ces discours.

Le caractère intemporel est souligné par certaines expressions comme en 17,20 :

« ce n’est pas pour ceux-ci que je demande mais pour ceux qui croient en moi »

article + participe présent : τῶν πιστευόντων

(le présent est ici employé pour sa valeur générale)

ἀλλὰ καὶ περὶ τῶν πιστευόντων διὰ τοῦ λόγου αὐτῶν εἰς ἐμέ

L’ensemble est un testament adressé à tout homme pour tous les temps.

Jésus souhaite la paix et la joie aux hommes.

Pour la forme, elle est unique chez Jean, on ne la trouve pas chez les Synoptiques :

Jean use de mots dont la valeur théologique est à souligner, nous avons vu

la place de « comme » ,

la place des pronoms,

la répétition des mots et le rythme ternaire comme pour mieux dire la trinité,

et la mise en valeur de certains mots par leur répétition :

« aimer », « sanctifier », « glorifier ».

Voir aussi Jn 15,9-17 le commentaire 

 

 

 

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