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25 novembre 2017

Frère, ἀδελφός (adelphos)

Classé dans : — evangilegrec @ 10 h 08 min

Frère = ἀδελφός

Pour la question : « Jésus avait-il des frères et des soeurs ?  » :

Voir  Jésus L’Encyclopédie, article de J.P. LEMONON :

p.153 et s.

-

I. Le mot 

1.Etymologie du mot :

-

Etymologiquement, le terme : ἀδελφός est composé de ἁ, dit « copulatif »♦

et d’un radical qui désigne le sein de la mère : (ἡ δελφύς, ύος le sein) .

Le terme signifie donc issu du même sein.

♦ἀ « copulatif » : une racine indo-européenne signifiant « un seul » qui a donné

en latin : sem , par exemple dans  semel, « en une seule fois ».

et  en grec ἁ ou ἀ , comme dans le mot ἀδελφός : ἀ – δελφός :

d’un seul et même sein.

Cf. M LEJEUNE Phonétique historique du Mycénien et du grec ancien (Klincksieck, 1987) §82.

Chantraine (cf. bibliographie) note que

le terme porte la marque des sociétés matriarcales,

où  l’ on est frère par la mère.

Il explique que le mot existe depuis Homère jusqu’à aujourd’hui,

mais qu’un vieux terme  φρατήρ existait, auquel s’est substitué ἀδελφός,

quand φρατήρ s’est spécialisé au sens religieux, uniquement.

Dans le monde achéen et éolien on a le mot κασίγνητος

désignant à la fois « frère » et « cousin ».

on trouve ἀδελφίζω en attique « considérer comme un frère »

et il existe de nombreux composés à partir du mot ἀδελφός.

« Le terme a pris une grande place dans le christianisme »

dit Chantraine (18 op. cité)

C’est ce que nous allons mettre en évidence.

Mais nous faisons un détour par le Premier Testament

qui ne peut être séparé du Deuxième.

-

2. Dans la Septante :

-

Dans le premier Testament,

dans la version de la Septante , le mot ἀδελφός est employé

pour traduire le mot hébreu qui désigne le frère au sens strict du terme,

et une fois, de façon sûre,

le mot désigne un cousin :

 καὶ ἔλαβον αὐτὰς υἱοὶ Κις ἀδελφοὶ αὐτῶν.

Et les fils de Cis, leurs frères, les prirent pour femmes.

(1Ch23,21-22)

Alors qu’en hébreu,

le mot « frère » désigne aussi bien « frère » que « cousin »,

ou frère dans l’Alliance.

-

3. Dans le Nouveau Testament :

-

Dans le NT, le mot grec « cousin »  existant :

Paul emploie-t-il le mot ἀδελφός  uniquement au sens strict de « frère » ?

Nous traversons la Bible pour aller jusqu’à lui.

-

II. Le poids du mot dans la Bible :

A l’origine,  tous les hommes descendent d’un même Père

(début de la Genèse)

puis un frère tue son  frère :  Caïn tue Abel.

1. Le Premier Testament

retrace la tentative des hommes pour restaurer cette fraternité blessée : 

Jacob se réconcilie avec Esaü ( Gn.33,4) :

« Et Esaü courut à sa rencontre, l’embrassa,

se jeta à son cou et lui donna un baiser,

et ils pleurèrent ».

Et plus loin nous lisons :

εἶπεν δὲ Ησαυ Ἔστιν μοι πολλά, ἄδελφε· ἔστω σοι τὰ σά.

J’ai de grandes possessions, frère, garde tes biens pour toi.

(Gn 33, 9).

Joseph, lui,  pardonne à ses frères et embrasse Benjamin :

καὶ ἐπιπεσὼν ἐπὶ τὸν τράχηλον Βενιαμιν τοῦ ἀδελφοῦ αὐτοῦ ἔκλαυσεν ἐπ αὐτῷ,

et se jetant au cou de Benjamin, son frère, il pleura sur lui.

  (Gn 45,14) 

Mais les Prophètes rappellent que cet amour fraternel est difficile :

ἄνθρωπος τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ οὐκ ἐλεήσει

l’homme n’aura pas pitié de son frère

(sens général, ici)

Es 9,18

Israël est marqué par des guerres fratricides.

-

2. Dans le Nouveau Testament,

le mot grec ἀδελφός  »frère » désigne plus que le frère au sens strictement familial :

Le Nouveau Testament annonce :

que c’est par la foi en Christ ressuscité que les hommes sont frères.

Il ne s’agit pas d’une fraternité philosophique : « nous sommes tous frères »,

mais d’une fraternité dans la foi. :

Καὶ ἐκτείνας τὴν χεῖρα αὐτοῦ ἐπὶ τοὺς μαθητὰς αὐτοῦ εἶπεν,

Ἰδού, ἡ μήτηρ μου καὶ οἱ ἀδελφοί μου.

« Puis il étendit la main sur ses disciples et dit :

voici ma mère et mes frères. »

Mt 12,46-50

Ὅστις γὰρ ἂν ποιήσῃ τὸ θέλημα τοῦ πατρός μου τοῦ ἐν οὐρανοῖς,

αὐτός μου ἀδελφὸς καὶ ἀδελφὴ καὶ μήτηρ ἐστίν ».

Car quiconque fait la volonté de mon père qui est dans les cieux,

celui-là est mon frère et ma soeur et ma mère.

Mt 28,10

Jésus désigne les disciples comme ses frères :

ὑπάγετε, ἀπαγγείλατε τοῖς ἀδελφοῖς μου ἵνα ἀπέλθωσιν εἰς τὴν Γαλιλαίαν

Allez, annoncez à mes frères de se rendre en Galilée…

 πορεύου δὲ πρὸς τοὺς ἀδελφούς μου :

va trouver mes frères. (Jn 20,17)

Les Actes des Apôtres montre que tous sont  unis dans le Christ

après la Résurrection, quelle que soit leur origine .

L’amour de l’autre est situé à l’opposé de l’attitude de celle de Caïn.

Caïn est jaloux, cette jalousie est une mort,

l’amour de l’autre est résurrection :

ἡμεῖς οἴδαμεν ὅτι μεταβεβήκαμεν ἐκ τοῦ θανάτου εἰς τὴν ζωήν,

Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie,

ὅτι ἀγαπῶμεν τοὺς ἀδελφούς.

parce que nous aimons nos frères.

(1 jn3.16)

Dans la première épître de Jean, on peut encore lire :

Ὁ λέγων ἐν τῷ φωτὶ εἶναι

Celui qui dit qu’il est dans la lumière

καὶ τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ μισῶν,

et qui hait son frère 

ἐν τῇ σκοτίᾳ ἐστὶν ἕως ἄρτι♦.

est jusqu’à présent dans les ténèbres.

Ὁ ἀγαπῶν τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ ἐν τῷ φωτμένει,

Celui qui aime son frère demeure dans la lumière

(1 Jn2,9-12 )

-

3. Aimer son frère :

-

En gras :  »celui qui dit » / « celui qui aime » :

-le parallèle exact de la syntaxe (participes substantivés)

-la construction en chiasme de la phrase grecque :

ἐν τῷ φωτὶ εἶναι  en 2è position dans la 1è proposition

et ἐν τῇ σκοτίᾳ ἐστὶν : en premier, dans la 2è.

-Ὁ ἀγαπῶν « celui qui aime » mis en valeur à la fin  et associé à

« μένει », verbe « demeurer »♦ :

Tout cela montre l’importance de l’amour pour son frère,

amour qui est amour en Christ, et qui relie le Père et ses enfants :

d’où les expressions :

Notre Père, et de l’homme à l’homme : nos frères.

Aimer son frère est source de vie.

-

Petite conclusion : Amour / Frère :

Le frère ἀδελφός, nourri au sein d’une même mère (étymologie)

est celui qui est nourri d’un même amour…

Frère au sens nourricier ce n’est pas frère biologique,

c’est d’abord frère d’adoption :

un même amour nourrit les frères (et les soeurs)

Amour maternel, paternel, source…

Saint Augustin le redit autrement :

Dilige et quod vis fac,

Aime et fais ce que tu veux,

la seconde injonction apparaissant

comme la conséquence logique

de la première.

L’image familiale comme image de la relation humaine

invite aussi  à la réflexion…

___________________________________

Note :

♦ ἕως ἄρτι : jusqu’à présent : rien n’est irréversible ,

celui qui n’aime pas peut changer ! (les ténèbres devenir lumière)

Alors que l’amour est solide.

cf. verbe demeurer 

♦Aimer et demeurer :

Plus loin dans (1Jn2) on peut lire « la parole de Dieu demeure en vous »

(même verbe)

Le verbe demeurer est décliné dans la suite du chapitre :

Ἐὰν ἐν ὑμῖν μείνῃ ὃ ἀπ’ ἀρχῆς ἠκούσατε,

καὶ ὑμεῖς ἐν τῷ υἱῷ καὶ ἐν τῷ πατρὶ μενεῖτε

si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous 

vous demeurerez vous aussi dans le père et dans le Fils. (1J2.24)

BIBLIOGRAPHIE :

article « Frère » X.-L. DUFOUR (dir.) Vocabulaire de Théologie biblique

J. DORE (dir.) Jésus, l’Encyclopédie

 

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