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16 décembre 2019

Généalogie/Genèse (Mt1,1-18)

Classé dans : — evangilegrec @ 17 h 02 min

 

Un peu d’étymologie :

La généalogie est l’étude de la génération ( γενέσις, γενέσεως au génitif, génésis, naissance, génération)

Le mot est de même racine que γίνομαι, advenir, être.

et  γεννάω engendrer, enfanter, produire.

γεννάω, engendrer s’emploie davantage pour « engendrer » à partir d’un homme,

et τίκτειν  est son équivalent pour « enfanter » quand il s’agit d’une femme.

(Exemples tirés de la littérature classique, mais γεννάω est aussi employé parfois en parlant de la mère)

-

 

 

Le début de l’évangile de Matthieu :

Βίβλος γενέσεως Ἰησοῦ Χριστοῦ υἱοῦ Δαυὶδ υἱοῦ Ἀβραάμ

Mt 1,1

Livre de la genèse de Jésus Christ fils de David, fils d’Abraham

-

Cette ouverture par Matthieu  n’est pas sans rappeler le passage du chapitre 5 de la Genèse :

Αὕτη ἡ βίβλος γενέσεως ἀνθρώπων· ᾗ ἡμέρᾳ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν Αδαμ, κατ εἰκόνα θεοῦ ἐποίησεν αὐτόν

Gn 5,1

Voici le livre de la genèse des hommes : le jour où Dieu créa Adam, il le créa à l’image de Dieu.

Ce parallèle nous invite à traduire γενέσις par « genèse » ,

alors qu’on trouvera plutôt le mot « naissance » dans les traductions de l’évangile de Matthieu.

Ainsi l’évangile de Matthieu commence-t-il par une longue généalogie.

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Luc et Matthieu sont les deux seuls évangélistes à raconter l’enfance de Jésus.

Et tous les deux proposent ainsi une généalogie.

De cette façon, ils souhaitent mettre en exergue l’identité de Jésus, son humanité.

Matthieu évoque d’abord l’origine, l’enfance et la préparation du ministère de Jésus,

l’évocation de sa vie publique ne commence qu’en 4,17.

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I. Matthieu et Luc : des différences. 

Ces énumérations comportent des différences :

entre autres, le nom du père de Joseph : Mt 1,16 c’est Jacob qui est cité. Alors qu’en  Lc 4,23-27 : Héli.

On peut aussi remarquer que Matthieu évoque Abraham, et ne cite pas Adam.

Ἀβραὰμ ἐγέννησεν τὸν Ἰσαάκ: Ἰσαὰκ δὲ ἐγέννησεν τὸν Ἰακώβ:

Ἰακὼβ δὲ ἐγέννησεν τὸν Ἰούδαν καὶ τοὺς ἀδελφοὺς αὐτοῦ:

Mt 1,2

Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères.

γεννάω est ici à l’aoriste (engendra)

Donc Matthieu montre bien que :

Jésus est fils d’Abraham, fils de David, fils de Dieu.

Alors que dans l’évangile de Luc, on peut lire une évocation d’Adam dans la généalogie de Jésus

- qui n’est pas en ouverture de son évangile (Lc 3,23-38) mais au milieu du chapitre 3 – :

(fils de) τοῦ Ἐνώς, τοῦ Σήθ, τοῦ Ἀδάμ, τοῦ θεοῦ

Lc 3, 38

Chez Luc c’est une généalogie ascendante alors qu ‘elle est descendante chez Matthieu.

Matthieu part d’Abraham parce qu’il est important

pour la première communauté à laquelle il s’adresse

de situer Jésus dans le peuple juif, et pour cela partir de la promesse faite à Abraham.

(On peut dire que Luc, de son côté, insistera sur la présentation de Jésus comme nouvel Adam)

Luc compte soixante dix sept noms contre quarante et un chez Matthieu,

seule la première série de noms correspond.

-

II. Origine de ces généalogies : 

La tradition de ces généalogies vient du Premier Testament :

Voir par exemple Ruth 4,18-22

Καὶ αὗται αἱ γενέσεις Φαρες· Φαρες ἐγέννησεν τὸν Εσρων,

4,18[…]

καὶ Ωβηδ ἐγέννησεν τὸν Ιεσσαι, καὶ Ιεσσαι ἐγέννησεν τὸν Δαυιδ.

4,22

On peut lire aussi 1Ch2,12-15 et d’autres passages.

La Bible rapporte un grand nombre de généalogies.

En effet, pour un juif déporté, il était important de pouvoir rappeler son origine israëlite.

Le verbe « engendrer » γεννάω y est employé de façon répétitive dans la Septante.

On peut noter qu’ailleurs dans le Premier Testament le verbe « engendrer »

est employé pour des généalogies qui ne sont pas linéaires,

mais aussi par ramifications, comme celle de Noé (Gn 10) :

un seul homme peut « engendrer » des peuples nombreux.

En effet, engendrer quelqu’un c’est aussi lui transmettre la bénédiction divine,

la promesse faite à Abraham par l’adoption.

-

De plus, c’est une tradition dans l’ancien Orient

de commencer un récit par la généalogie du personnage.

Les archivistes orientaux dressent des tôledot, en hébreu, « des généalogies ».

Dans ces récits, l’auteur s’attache aussi à raconter les faits majeurs de l’histoire d’une personnalité.

Ce n’est pas un simple catalogue par « a engendré »… voir aussi Gn11,27; 31-32; 25,19 …

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III. Contenu de la  généalogie : 

La généalogie de Matthieu se divise en trois périodes de 14 noms chacune :

trois périodes de l’histoire d’Israël : les patriarches, la période royale, et le temps qui suit l’Exil.

Les noms s’enchaînent rapidement avec le verbe : « engendrer » .

La mention des frères de Juda et la mention de 4 femmes viennent rompre cette monotonie.

Les 4 femmes sont introduites sans doute parce que,

comme pour Marie, Dieu est intervenu auprès d’elles pour changer le cours des choses.

En revanche, Matthieu ne mentionne pas les grandes figures du Premier Testament :

Sara, rébecca et Rachel par exemple (cf. Léon -Xavier DUFOUR Etudes d’Evangile, p.57-60)

-

Toute l’histoire du peuple est convoquée à travers ces trois séries de 14 noms

(deux fois sept, ce qui est aussi un chiffre symbolique -une semaine-

et peut expliquer qu’il y ait des différences car l’essentiel est dans le symbole)

 

-

Au verset 16, la rupture est marquée par la syntaxe :

Joseph n’est pas le sujet du verbe « engendrer »,

mais une proposition subordonnée relative introduit le nom de Marie

et Jésus est le sujet du verbe au passif.

La préposition ἐξ (ex) indique l’origine, le lieu d’où l’on vient en grec :

C’est une  rupture dans la généalogie, l’engendrement est d’une autre nature :

Ἰακὼβ δὲ ἐγέννησεν τὸν Ἰωσὴφ τὸν ἄνδρα Μαρίας,

Et Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie,

ἐξ ἧς ἐγεννήθη Ἰησοῦς, ὁ λεγόμενος χριστός.

de laquelle fut engendré Jésus, qui est appelé Christ.

-

Cela marque le moment où Dieu est intervenu dans l’histoire de son peuple.

Jésus est tout entier de Dieu et de cette lignée de David.

A partir du verset 18 on entre dans un autre type de récit connu :

celui de l’annonciation.

Jésus vient comme le dernier fruit attendu de ces générations,

toute la généalogie biblique est tournée vers la transmission de la vie

et vers un seul homme Jésus.

-

IV Signification et conclusion  :

Matthieu, en plaçant ainsi Jésus dans la généalogie des fils d’Abraham,

entend montrer avec force qu’il est le Messie attendu.

C’est le sens du premier verset : « Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham. »

Après cette annonce, la généalogie classique de l’énumération à partir d’Abraham

et avec la répétition du verbe « engendrer »

montre que Jésus est l’aboutissement de cette longue lignée.

Jésus est la fin de l’histoire.

Quand on considère les « anomalies » dans la généalogie,

on peut comprendre qu’il s’agit d’un engendrement au sens large :

la transmission de la bénédiction dans la lignée.

Cela ne se limite pas à l’engendrement physique.

Le parallèle avec Gn 5,1 montre aussi que c’est le début de la création nouvelle par le Christ. 

Le lien avec la péricope suivante est celui-ci (il sera lu le lendemain dans la liturgie) :

Τοῦ δὲ Ἰησοῦ χριστοῦ ἡ γένεσις οὕτως ἦν.

Et de Jésus Christ la genèse (/ naissance) était (/fut) ainsi.

Mt 1,18

c’est une accroche, par la reprise du mot γένεσις du tout début (verset 1).

Suit le récit de la naissance de Jésus.

on avait le verbe « étant né » engendré (1,16-20)

On a ici le nom commun γένεσις de même racine.

Puis par contraste, vient l’histoire de la naissance de Jésus Christ

enfanté par la grâce de l’Esprit Saint :

commence alors une autre forme d’engendrement,

pour tout homme,

car il faut faire le parallèle avec le livre de la Genèse d’après la propre indication de Matthieu,

et cette fois-ci l’engendrement nouveau est celui de l’Esprit Saint.

 

-

 

 

 

 

 

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