13 mai 2019

Jn 15,9-17 Commentaire

Classé dans : — evangilegrec @ 8 h 57 min
Jn 15,9
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A l’intérieur du discours d’adieu :
Jésus assure les siens de son amour.
Déjà annoncé en 13,34 le thème est repris ici.
L’évangéliste insiste sur la pérennité de cet amour pour tout destinataire
de tous les temps, nous verrons comment cela est perceptible.
Le mouvement de cette péricope part de la Source de l’amour :
le Père, ὁ πατήρ 
et aboutit au destinataire de l’amour : source à son tour,
au mot ἀλλήλους, les uns les autres. 
-L’amour vient en premier,
le verbe aimer est répété plusieurs fois au début :
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9
Καθὼς ἠγάπησέν με ὁ πατήρ,
Comme le Père m’a aimé,
κἀγὼ  ὑμᾶς ἠγάπησα :
moi aussi je vous ai aimés ;
μείνατε ἐν τῇ ἀγάπῃ τῇ ἐμῇ.
demeurez dans mon amour.
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Καθὼς : de même que , comme : 
souvent employé dans l’évangile de Jean
tout spécialement quand il s’agit des actions et paroles de Jésus.
κἀγὼ : moi aussi (crase).
La crase employée après καθὼς annonce l’unicité du Père et du Fils
Les deux pronoms personnels : κἀγὼ et  ὑμᾶς , sont rapprochés.
Injonction à l’impératif : μείνατε demeurez
Même racine que , μόνη : demeure, logement qui est employé précédemment.
Jn 14,2 :Ἐν τῇ οἰκίᾳ τοῦ πατρός μου μοναὶ πολλαί εἰσιν.
« Dans la maison de mon père, les demeures sont nombreuses ».
Le verbe aimer est décliné à plusieurs personnes dans ce verset,
le rythme du verset vient de cette répétition du même verbe 
et du nom de même racine, ἀγάπῃ, amour au datif. 
Ces répétitions se retrouvent dans les versets suivants :
un même verbe répété plusieurs fois, et le nom correspondant. 
Ce rythme met en valeur l’idée principale : l’amour est au commencement. 
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Aimer, puis garder, puis demeurer : trois verbes clés de ce passage :
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10
Ἐὰν τὰς ἐντολάς μου τηρήσητε,
Si vous gardez mes commandements,
μενεῖτε ἐν τῇ ἀγάπῃ μου:
vous demeurerez dans mon amour ;
καθὼς ἐγὼ τὰς ἐντολὰς τοῦ πατρός μου τετήρηκα,
de même que j’ai gardé les commandements de mon Père,
καὶ μένω αὐτοῦ ἐν τῇ ἀγάπῃ.
et que je demeure dans son amour.
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μενεῖτε : 2 è pl. futur de μείνω, rester, demeurer
τετήρηκα 1è sg de l’indicatif parfait de τηρέω : garder
Ici les mots repris sont : μένω, demeurer et ἐντολὰς, commandements
Dans ce verset : 3 verbes « clés » de cette péricope  :
(et de tout le « discours d’adieu » de Jésus à ses disciples
Jn 13,31 à  17)  
Dans l’ordre d’apparition : 
ἀγαπάω, aimer >  μένω : rester, demeurer > τηρέω , garder.   
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Une annonce (paradoxale?) de la joie
au moment où Jésus dit adieu et annonce sa mort :
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11
Ταῦτα λελάληκα ὑμῖν,
Je vous ai dit ces choses,
ἵνα ἡ χαρὰ ἡ ἐμὴ ἐν ὑμῖν  ᾖ 
afin que ma joie soit en vous, 
καὶ ἡ χαρὰ ὑμῶν πληρωθῇ.
et que votre joie soit rendue complète.
-
λελάληκα : parfait , temps de ce qui est accompli (Jésus part)
et sa parole reste : c’est une première « relecture » des évènements passés : 
la naissance de l’évangile.  
Sa Passion fait place à la joie ἡ χαρὰ ἡ ἐμὴ : ma joie
joie qui se transmet : ἡ χαρὰ ὑμῶν, votre joie.
(voir la variation entre « ma » et « votre »)
Le discours d’adieu annonce paradoxalement la joie.
(Dans l’Antiquité : on trouve dans la littérature ce type de discours : 
avec annonce de la mort prochaine, ce que la personne laisse en héritage, 
désignation de ses successeurs… )
πληρωθῇ aoriste passif de πληρόω, remplir, être complet : 
verbe souvent employé
(par ex. dans l’expression : pour que l’ Ecriture soit accomplie)
C’est ici une adresse à un destinataire plus large 
que le cercle des disciples : 
Ces indices : le parfait, le verbe πληρόω, la joie 
montrent bien que le destinataire est invité à entendre ici 
le Jésus d’après la Résurrection. 
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Un commandement qui découle de cet amour :
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12
Αὕτη ἐστὶν ἡ ἐντολὴ ἡ ἐμή,
Voici mon commandement :
ἵνα ἀγαπᾶτε ἀλλήλους,
que vous vous aimiez les uns les autres,
καθὼς ἠγάπησα ὑμᾶς.
comme je vous ai aimés.
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ἀγαπᾶτε ἀλλήλους : les uns les autres
(pronom personnel de la  réciprocité) : 
Jésus a aimé : il n’attend pas qu’on l’aime en retour 
(« ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
c’est moi qui vous ai choisis », dit-il, verset 16)
mais que les hommes s’aiment les uns les autres en retour
(puisqu’ en eux l’amour demeure) 
Le verbe « aimer » est repris ici comme un refrain. 
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Mais un amour qui se donne tout entier : jusqu’à la mort :
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13
Μείζονα ταύτης ἀγάπην οὐδεὶς ἔχει,
Personne n’a un amour plus grand que celui-ci :
ἵνα τις τὴν ψυχὴν αὐτοῦ θῇ ὑπὲρ τῶν φίλων αὐτοῦ.
qu’on dépose sa vie en faveur de ses amis.
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 = TOB :
Nul n’a d’amour plus grand que celui qui dépose sa vie pour …
θῇ : subjonctif aoriste de τίθημι : premier sens = placer, mettre,
 οὐδεὶς : personne (en cela ce commandement est nouveau)
ce pronom indéfini est repris par τις,
pronom personnel indéfini « quelqu’un », « on » .
ταύτης : complément du comparatif au féminin singulier, 
mis pour « amour », 
c’est la façon d’aimer qui change. 
Le commandement d’aimer était déjà dans le Premier Testament.
Au verset 13 : ce n’est plus « vous » 
mais  τις (quelqu’un , on ) le destinataire des paroles de Jésus : 
tout homme.
τὴν ψυχὴν : le premier sens est le souffle, le souffle de vie = la vie.
plus tard : le sens de ce qui subsiste après la mort.
(sens qui peut s’appliquer aussi ici) 
ὑπὲρ τῶν φίλων : « en faveur de ses amis », 
φίλος,  ami,  est repris au v. 15 : « vous êtes mes amis »,
On passe ainsi du sens général du propos à la situation particulière ici. 
Dans ce verset 13 : la nouveauté du commandement :
Par l’emploi du verbe  τίθημι  »déposer » sa vie pour ὑπὲρ  »en faveur » de l’autre.
Ce qui est nouveau, c’est de « donner » (déposer) sa vie pour ses amis. 
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Un commandement nouveau à la suite du Christ:
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14
Ὑμεῖς φίλοι μου ἐστέ,
Vous, vous êtes mes amis,
ἐὰν ποιῆτε ἃ ἐγὼ ἐντέλλομαι ὑμῖν.
si vous faites ce que moi je vous commande.
-
 φίλοι μου ἐστέ : présent de l’indicatif dans la proposition principale 
qui vient en premier: fait réel. 
ποιῆτε : verbe « faire » (subjonctif présent) 
Le verbe faire est souvent employé au chapitre 13 , 
cf. « Faites ceci »…(lavement des pieds) : 
aimer c’est faire à la manière de Jésus.
ἐὰν peut avoir le sens ici de « chaque fois que ». 
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Un commandement du Christ ressuscité :
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15
Οὐκέτι  λέγω ὑμᾶς  δούλους,
Je ne vous appelle plus serviteurs,
ὅτι ὁ δοῦλος οὐκ οἶδεν
parce que le serviteur ne sait pas
τί ποιεῖ αὐτοῦ ὁ κύριος:
ce que fait son maître ;
ὑμᾶς δὲ εἴρηκα φίλους,
mais je vous ai appelés amis,
ὅτι πάντα
parce que toutes les choses
ἃ ἤκουσα παρὰ τοῦ πατρός μου
que j’ai entendues de mon Père.
ἐγνώρισα ὑμῖν.
 je vous les ai fait connaître.
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Οὐκέτι =ne…plus + présent de l’indicatif (λέγω )
Avec l’emploi de la négation Οὐκέτι 
l’évangéliste renvoie au présent du (déjà) Ressuscité :
une adresse à tout lecteur ?
ὁ κύριος : le maître par rapport au serviteur 
mais aussi le nom du Christ, reconnu Fils de Dieu :
« seigneur » , Dieu est ainsi appelé dans le Premier Testament.
emploi du parfait : résultat présent d’une action passée, continuité.
 παρὰ + génitif :  τοῦ πατρός μου : exprime l’origine
( d’auprès de mon père)  : dans l’évangile de Jean, 
Jésus rappelle plusieurs fois qu’il vient du Père 
et retourne au Père (ce qui n’apparaît pas chez les synoptiques)  
ἐγνώρισα aoriste de γνωρίζω : faire connaître
Dans l’ordre : 1 l’amour (verset 9) , 2 la connaissance
(présence intérieure du Christ en premier)
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Un envoi :
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16
Οὐχ ὑμεῖς με ἐξελέξασθε,
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ;
ἀλλ’ ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς,
mais c’est moi qui vous ai choisis
καὶ ἔθηκα ὑμᾶς,
et qui vous ai institués,
 ἵνα ὑμεῖς ὑπάγητε καὶ καρπὸν φέρητε,
afin que vous vous en alliez et que vous portiez du fruit,
καὶ ὁ καρπὸς ὑμῶν μένῃ:
et que votre fruit demeure ;
ἵνα ὅ τι ἂν αἰτήσητε τὸν πατέρα ἐν τῷ ὀνόματί μου,
afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
δῷ ὑμῖν.
il vous le donne.
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ἐξελέξασθε : 2è pl. de ἐκλέγομαι : choisir, élire
Cette forme d’élection est nouvelle : 
elle s’adresse à tout homme qui reçoit le Verbe (cf. début de Jn)
ἔθηκα : 1è sg. aoriste de l’indicatif de τίθημι
placer (dans une charge) , instituer, établir,
même verbe que pour « déposer » sa vie ! 
(ce même emploi indiquerait la manière dont Jésus les a établis ? 
les hommes ont en eux la Vie que Jésus Christ a déposée en eux,
là encore tout lecteur de l’évangile « écoute » le Christ ressuscité.) 
ὑπάγητε, 2è pers. du pluriel subjonctif présent de ὑπάγω, 
souvent employé avec Jésus pour sujet : « je m’en vais
Jésus, Verbe incarné vient du Père , d’où le préverbe dans ὑπάγω :
exprime l’idée d’un départ
(Transmission aux disciples : ils sont envoyés)  
sous entendu que votre fruit demeure même après la mort : 
 ὑπάγω s’en aller, c’est aussi rejoindre le Père
le verbe s’oppose dans l’évangile à ἔρχομαι, venir.
ὅ τι ἂν αἰτήσητε  »ce que vous demanderez » emploi du subjonctif avec ἂν : 
équivaut à « à chaque fois que vous demanderez », ici évocation de la prière.
δῷ : subjonctif aoriste  du verbe donner : l’amour est un don de Dieu, 
c’est lui qui aime quand l’homme aime (cf. les mots clés)
Dieu source de l’amour, Jésus qui transmet : cf.ἐν τῷ ὀνόματί μου.
ὀνόματί datif de ὀνόμα: le nom
(« Je Suis » : le nom de Dieu = le nom du Fils cf. 17,11b)
cf. même importance du nom dans le Notre Père « que ton nom soit sanctifié »
Lc 11,1 : ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου
alternance entre  μου et σου : souligne l’unicité du Père et du Fils.
καρπὸν : « le fruit » renvoie au début de la Genèse, la Création : 
Dieu veut que chaque homme porte du fruit à son tour, 
et le passage fait écho à Jn 15,5.   »Je suis la vigne » .
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Reprise de l’essentiel à la fin de la péricope :
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17
Ταῦτα ἐντέλλομαι ὑμῖν,
Je vous commande ces choses :
ἵνα ἀγαπᾶτε ἀλλήλους.
que vous vous aimiez les uns les autres.
-
Ταῦτα pronom démonstratif en début de verset 
met en évidence la  reprise de tout ce qui a été dit 
on pourrait traduire par : « voici ce que »   
τὰς ἐντολάς v. 12 avait été répété plusieurs fois,  
 ἐντέλλομαι : commander (mot de même racine) apparaît ici.
verset 9 : en premier, il y a l’amour du Père (Création), 
 Ici seulement intervient le verbe « commander ».
Donc on voit bien que ce n’est pas un commandement morale, 
désincarné,
mais parce que l’homme a cet amour en lui
(ἐν τῇ ἀγάπῃ τῇ ἐμῇ , v.9) 
il peut aimer en retour (ἀλλήλους, les uns les autres)
comme une conséquence.
Ce qui importe c’est l’amour, et de cet amour 
découle le commandement comme une conséquence.
cf. Saint Paul : « si tu n’as pas l’amour » tout sonne faux
et : 
« Aime et fais ce que tu veux » reprendra Saint Augustin.
ἵνα : conjonction employée avec un verbe d’injonction :
je commande ἐντέλλομαι que (ἵνα)
(même si le verbe a déjà pour complément Ταῦτα , « ces choses »
on peut considérer que la conjonction introduit le contenu de ce Ταῦτα
(neutre pluriel : ces choses)
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Cette péricope dans le « discours » d’adieu
est l’expression de ce que Jésus laisse en héritage à ses disciples
 et finalement à « tout homme » .
Le rythme poétique
(les propositions sont courtes et de même longueur,
les mots sont répétés, le rythme ternaire est fréquent)
souligne le caractère solennel de cette transmission
et la communion de l’homme à la trinité :
« moi, mon père, vous » (v.9…)
c’est en ce « vous » que l’Esprit vient
et rend présents le Père et le Fils.
La manifestation de cette présence est l’amour.
Les paroles ne sont pas adressées aux seuls disciples présents
lors du dernier repas de Jésus.
Mais à travers l’emploi des mots et des temps verbaux
on voit bien que le destinataire est tout homme, celui de tous les temps.
C’est déjà une relecture de la vie de Jésus à la lumière de sa Résurrection :
Jésus qui transmet sa propre vie (psuchè) « déposée »
pour « établir » la Vie de ses amis,
et transformer la mort en Joie.

 

 

 

 

 

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