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14 février 2020

Justice δικαιοσύνη (dikaiosunè)

Classé dans : — evangilegrec @ 14 h 15 min

Justice (comme principe et comme pratique) : δικαιοσύνη (dikaiosunè)

Le suffixe σύνη que l’on trouve dans

δικαιο – σύνη :

sert à former des noms de qualité, pour la plupart dérivés d’ajectifs

(surtout des adjectifs en ων mais aussi en ος)

par exemple : ἀγνωμοσύνη imprudence, à partir d’ἀγνωμων, imprudent.

ce suffixe peut aussi s’ajouter à des noms communs :

par exemple,  θέμις, qui donne  θεμιστοσύνη la justice divine (des dieux païens)

 

δίκαιος (dikaios) juste, est lui-même issu de δίκη (dikè) : la justice rendue.

ἡ δίκη : le procès (dans la langue classique) .

δίκη est employé dans le NT au sens de « punition » , « châtiment ».

et au sens de la divinité de la Jusice en Ac 28,4

Si l’on remonte encore, ces mots sont des dérivés de δείκνυμι montrer (cf.index, en fr. )

et d’ une racine *deik/ *dik qui signifie la direction, la ligne marquée,

opposée à l’arbitraire de la justice des dieux païens θέμις (thémis).

En effet, proposer une direction, ce n’est pas imposer.

Les mots composés de ce suffixe σύνη ajoutés à un adjectif en -os

sont plutôt d’usage poétique ou employés dans la langue tardive.

-

Dans la littérature profane, le mot θέμις thémis renvoie à une sentence des dieux,

alors que la δικαιοσύνη (dikaiosunè) renvoie au choix du législateur

qui montre quelle θέμις (thémis) sentence choisir.

Donc dans le mot δικαιοσύνη dikaiosunè on a une idée de jugement,

de prise d’initiative pour « montrer » ce qui est juste.

La direction deik* (racine de δείκνυμι deiknumi) renvoie à l’idée de manière,

d’usage, et de jugement.

Ainsi l’adjectif lui-même δίκαιος, (dikaios)

qualifie-t-il aussi bien des personnes que des actions

(justes, conformes au droit)

-

Par conséquent, dans la langue du NT

ce mot s’applique à ce qui semble juste aux yeux de Dieu,

ce qui s’ajuste à son projet pour l’homme, et l’adjectif qualifie aussi celui qui s’ajuste.

La notion de juste renvoie à une direction à prendre selon la volonté de Dieu.

L’homme juste a le choix de prendre des directions différentes,

mais il se conforme à ce qui est juste selon Dieu.

Dans la Vulgate le mot est traduit par justitia, aequitas, justificatio.

-

Un verbe : δικαιόω (dikaioô) dérive de l’adjectif.

Le suffixe en des verbes est un suffixe qui indique l’action.

-

L’adjectif et le verbe sont souvent employés chez Saint Paul :

86 fois en tout sur 132 occurrences dans le NT.

-

Les mots de la famille de δίκη (dikè) trouvent dans les traductions du NT

de très nombreuses variantes.

Le NT préfère δικαιοσύνη (dikaiosunè) à δίκη (dikè).

δικαιοσύνη est un mot employé pour la première fois chez Hérodote au Vè siècle)

δικαιοσύνη, (dikaiosunè) est d’un usage courant dans la koinè.

Alors qu’il n’a pas de sens théologique dans la littérature profane à l’époque du NT,

mais désigne la qualité de l’honnête homme qui respecte la loi,

dans le NT le mot δίκαιος, (dikaios) tout en ayant parfois le même sens,

se réfère surtout, influencé par la Septante,

à celui qui est fidèle aux prescriptions de la religion.

Lc 1,6 ; 2,25…

Mt 1,19

-

Paul fait évoluer le sens du mot δικαιοσύνη (dikaiosunè)

de la sagesse de l’homme qui respecte la loi de Dieu

à une composante essentielle de la sagesse divine 1Co1,30

Pour Paul, la justice de Dieu passe à l’homme

par la mort et la résurrection de Jésus Christ dans la foi.

Rm 3,22 et 3,21-26

Paul dit que Dieu exerce sa δικαιοσύνη (dikaiosunè)

en justifiant (verbe  δικαιόω dikaioô)

celui qui se réclame de la fidélité de Jésus.

-

δικαιόω : justifier, rendre juste, déclarer juste, acquitter 

d’après le dictionnaire de l’Alliance biblique 

On peut lire le Psaume 142 :

ἐπάκουσόν μου ἐν τῇ δικαιοσύνῃ σου·

Exauce moi en ta justice.

cité par Paul en Rm3,20

Dans ces passages, la colère de Dieu qui s’exprime dans son jugement (krisis)

est opposée à la justice de Dieu.

La justice de Dieu est donc une action de Dieu en faveur de l’homme :

δικαιούμενοι δωρεὰν τῇ αὐτοῦ χάριτι ...

(les hommes sont) justifiés gratuitement par sa grâce …Rm3,24

la justification va avec la libération de l’homme (libéré du mal).

C’est Dieu qui agit en « justifiant » les hommes.

-

L’homme est appelé à faire confiance et Dieu donne sa grâce selon Paul.

Paul s’appuie sur le Premier Testament où Dieu exprime sa fidélité.

La justice de Dieu s’accomplit en Jésus Christ :

Ga 3,8

Rm 8,30

Le verbe δικαιόω dikaioô : marque l’action de Dieu.

C’est Dieu qui est le sujet de ce verbe dans ces passages.

Et l’action de justifier passe par Jésus Christ.

Quand c’est un être humain qui est sujet du verbe, le verbe est à la voix passive

1CO6,11

Donc Paul ne présente pas la « justification » comme un acte personnel, un mérite,

l’homme est pécheur, mais pour lui,  Dieu opère par sa grâce

(gratuitement, sans donnant/donnant) Ga 2,16; Rm 5,1

1Co1,18-31

L’homme donne sa confiance en Jésus Christ, il n’a pas de « mérite ».

Mettre sa confiance en Dieu, par Jésus Christ donne naissance à un être nouveau.

L’homme est ainsi « justifié », un homme nouveau 2Co5

Il se met au service de la justice dont il est maintenant « l’esclave ».

Rm6,16-18

Ce développement sur la « justice » de Dieu

et sur l’homme « justifié » non sur ses actes mais par la grâce de Dieu

a été l’objet de discussions dans l’histoire de l’Eglise. 

Dès le départ, à travers la parabole du fils prodigue, 

deux attitudes sont mises en évidence :

le jugement selon le mérite par le fils aîné, 

« se juger soi-même » 

à la différence de l’amour gratuit du père, d’où provient la justification

cf Jésus l’Encyclopédie p.390

Donc c’est surtout l’emploi du verbe δικαιόω dikaioô

qui permet à Paul de développer sa théologie,

en jouant sur l’alternance des voix actives et passives.

Le nom commun δικαιοσύνη dikaiosunè, par sa formation

à partir de l’adjectif dikaios nous offre aussi matière à réflexion :

celui qui est juste est celui qui donne sa justice ou celui qui reçoit la justice…une polysémie utile.

Le choix de ce mot, à la place de ἡ δίκη dikè qui est peu employé, ouvre sur l’idée d’une opposition

entre la ἡ δίκη (dikè) des dieux païens et la (δικαιοσύνη dikaiosunè) du monothéisme.

La  δίκη dikè amènerait directement au procès, sens fermé,

alors que la dikaiosunè serait un appel à la confiance, sens ouvert.

Le sens de δίκη s’infléchit vers le châtiment,

alors que celui de δικαιοσύνη ouvre sur un questionnement de la foi.

-

BIBLIOGRAPHIE :

PREVOST (dir.) Nouveau Vocabulaire biblique

Les dictionnaires de CHANTRAINE

de l’Alliance biblique universelle,

Lexiques de MARTIN

de BERTRAND

Pour tous ces ouvrages voir bibliographie 

A.A.REGNIER § 144 p.245 Traité de la formation des mots dans la langue grecque

A voir sur le site de lexilogos ouvrage de 1855 !

 

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