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27 avril 2020

Lc 24,13-35 (Emmaüs) Etude de quelques verbes

Classé dans : — evangilegrec @ 11 h 39 min

Lc 24,13-35

Les disciples d’Emmaüs

La péricope commence lorsque les disciples quittent Jérusalem,

et s’achève par leur retour à Jérusalem :

Verset 13 : ἀπὸ Ἱερουσαλήμ (apo Hierousalèm) ( ἀπὸ : en s’éloignant de)

verset 33 : ὑπέστρεψαν εἰς Ἱερουσαλήμ (eis) ( εἰς : en allant vers)

En effet, c’est de Jérusalem que doit être annoncée la bonne nouvelle

« jusqu’aux extrémités de la terre »

et c’est à Jérusalem que les disciples doivent attendre de recevoir

l’Esprit Saint pour être envoyés.

Jérusalem est le point de départ de l’annonce de l’Evangile

(aux juifs puis aux païens, cf. Actes des Apôtres).

Mais pour qu’ils le comprennent Jésus se joint à eux.

L’étude de quelques verbes du passage,

nous permettent de mieux comprendre :

l’ouverture progressive des yeux des disciples,

comment leur promenade devient marche volontaire,

comment leur bavardage devient exégèse,

leur stupeur, résurrection,

et leur connaissance, reconnaissance.

-

De l’inconnu à l’ouverture :

Jésus relit les Ecritures, et les évènements passés à la lumière des Ecritures :

διερμήνευσεν αὐτοῖς ἐν πάσαις ταῖς γραφαῖς τὰ περὶ ἑαυτοῦ.

(diermèneusèn autois èn pasais tais graphais ta péri éautou.)

« Il leur expliquait dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. »

Après ce premier verbe : διερμήνευσεν, (diermèneusèn) il interpréta 

 de διερμηνεύω, (diermèneuô)  (sujet Jésus)

nous lisons au verset 35 :

αὐτοὶ ἐξηγοῦντο, de ἐξηγέομαι, (exègéomai) expliquer (dérouler l’explication) 

eux-mêmes expliquaient (sujet : les disciples)

verbe qui a donné exégèse…

-

le relais est passé :

verset 32 :

διήνοιγεν ἡμῖν τὰς γραφάς

(dioigèn èmin tas graphas)

« il leur ouvrit le sens »

qui vient après :

Αὐτῶν δὲ διηνοίχθησαν οἱ ὀφθαλμοί

autôn dé diènoichthèsan oi ophtalmoi

« leurs yeux furent ouverts »

(Lc 24,31)

Le verbe est employé au passif, puis à l’actif.

Les disciples deviennent acteurs quand Jésus n’est plus visible.

καὶ αὐτὸς ἄφαντος ἐγένετο ἀπ’ αὐτῶν

kai autos aphantos égénéto ap autôn

« il devint invisible à leurs yeux »

-

De la promenade à la « marche ensemble « vers »  :

Qu’est-ce-qui a changé avec la présence de Jésus ?

Les disciples marchaient comme dans une promenade :

πορεύομαι (v.13) (poreuomai) marcher

περιπατέω (v.17) (péripatéô) circuler

puis ils marchent dans une direction précise :

ὑπέστρεψαν εἰς Ἱερουσαλήμ

(hupestréphan eis Hiérousalèm)

« il retournèrent à Jérusalem »

ὑποστρέφω (hupostrépho) est un verbe employé pour dire le changement de sens

de conduite et aussi la conversion.

Que s’est-il passé entre temps ?

συνεπορεύετο αὐτοῖς. (v.15)

(sunéporeuéto autois) 

« il (Jésus) marchait avec eux »

Au lieu d’avoir le verbe simple πορεύετο (poreuéto) marcher,

on a le verbe composé par l’adjonction

de la préposition συν, (sun)  avec, dans : « marcher avec »

καὶ αὐτὸς (kai autos) « et lui-même »…

« et lui-même »

ou « et il »  le pronom personnel sujet étant exprimé dans la koinè

de façon quasi systématique, ce n’est plus automatiquement une insistance.

C’est la formule que l’on retrouve lorsqu’un nouveau personnage apparaît,

pour ménager une surprise,

ou pour souligner l’importance du personnage,

la simple coordination (habituelle dans le NT)

accentue la rapidité, l’absence de transition

( Jésus était absent, mais présent dans les paroles, où était -il ? )

Donc l’apparition était inattendue et transforme la promenade en marche.

Alors que les disciples marchaient en cercle ou en faisant des allers retours,

(sens de περι (péri) dans περιπατοῦντες, péripatountes  v. 17) 

désormais ils ont une action volontaire (forte) qui va changer le cours de leur promenade :

Καὶ παρεβιάσαντο αὐτόν,

(kai parébiasantô)

Et ils le retinrent de force (v.29)

Dans le verbe, le nom βία (bia) signifie la force.

-

Un bavardage qui devient exégèse : 

-

Qu’est-ce qui a changé ?

Ils bavardaient :

ὁμιλεω (v.14 ; 15) (homiléô) converser, s’entretenir avec, bavarder

Ce verbe dérive du nom ὃμιλος (homilos) foule, troupe.

La conversation n’est pas très audible dans une foule en général,

tout le monde donne son avis !

ἀντιβάλλω (v.17) (antiballô)

ce dernier verbe a pour premier sens « lancer des traits, des javelots »

puis : « échanger dans une conversation, s’entretenir… »

peut-être avec un léger désaccord, en tout cas avec une certaine incompréhension !

A la fin, les disciples ne bavardent plus de la même façon,

au contraire, ils expliquent :

ἐξηγοῦντο (exègountô)  : ils déroulaient le sens et guidaient la lecture.

-

De l’arrêt à la résurrection : 

-

Les émotions des disciples changent :

Quand Jésus les rejoint, ils s’arrêtent :

 ἳστημι (histèmi)

(v.17)

« se tenir à l’arrêt , se tenir debout »,

ce verbe est à rapprocher d’une formule de leur discours :

γυναῖκές τινες ἐξ ἡμῶν ἐξέστησαν ἡμᾶς (v.22)

(gunaikès tinès ex hèmôn exèstèsan)

« Certaines femmes nous ont stupéfiés« 

ἐξίστημι (existèmi) est un composé de

ἵστημι (histèmi) précédé de la préposition ἐξ (ex)

Ce verbe signifie littéralement « mettre hors de soi »

d’où la traduction par : « rendre stupéfait »,

le mot a donné en français « extase » ,

En effet, celui qui est « en extase » sort de, ἐξ (ex) son bon sens.

Puis, au verset 33, nous lisons :

ἀνίστημι (anistèmi) au participe aoriste :

Καὶ ἀναστάντες αὐτῇ τῇ ὥρᾳ

(kai anastantes autè tè hora)

« et s’étant levés à l’heure même »

Le verbe employé est aussi composé sur ἳστημι (histèmi)

précédé de la préposition ἀνα (ana) qui signifie « de bas en haut », « vers le haut »,

Jésus leur a ouvert l’esprit : ils se lèvent, et vite !

Ils se lèvent comme des ressuscités,

puisque ce même verbe signifie « ressusciter » dans le NT.

-

Donc leurs yeux se sont ouverts,

ils ont relu leur vie à la lumière des Ecritures

et ils se remettent en marche.

-

Une connaissance qui est reconnaissance :

-

Relire leur vie :

En effet alors qu’ils ne reconnaissaient pas Jésus :

μὴ ἐπιγνῶναι (v. 16) (mè epignônai)

« ne pas reconnaître« .

et qu’ils lui disent :

οὐκ ἔγνως τὰ γενόμενα 

(ouk egnôs ta génoména)

« tu n’as pas connu les évènements »

Lc 24,18.

Jésus se fait reconnaître.

-

Jésus n’a pas connu ce qui s’est passé ?

Ironie…

Le verbe γινώσκω (ginoskô) connaître,

est immédiatement rapproché de son composé :

ἐπέγνωσαν αὐτόν

(épégnôsan auton)

  »ils le reconnurent ».

Bientôt, ironie de la situation :

les disciples le reconnaissent, lui,

et non pas à une parole,

mais à un geste.

Cette fois, le sujet du verbe est « les disciples »

et non plus « Jésus ».

L’inversion du sujet donne sens à ce verbe « connaître »  :

c’est aux autres de le reconnaître, lui Jésus le Christ !

ὡς ἐγνώσθη αὐτοῖς

« comment il fut reconnu d’eux »

L’emploi est au passif.

De plus, la différence de sens est dans ce ἐπι (épi) « en présence de »

que nous traduisons en français par « re » dans le verbe composé « reconnaître ».

Ici, les disciples re-connaissent Jésus à un geste.

C’est une relecture « en présence de »…

De plus, dans γινώσκω (ginoskô) le suffixe σκω (skô)  est un suffixe d’effort,

c’est « apprendre à connaître », ou « faire un effort pour connaitre »,

donc « reconnaître » demande aussi ce processus d’apprentissage.

(C’est ce qui différencie γινώσκω (ginoskô) de la forme de parfait οἶδα, « savoir »

on ne « sait pas » qui est Jésus, on « apprend à le connaître en sa présence »,

et cela demande un effort)

CHANTRAINE traduit ἐπι- γινώσκω (épi-ginoskô) par

« observer, décider »

et BAILLY par :

« reconnaître », « reconnaître parce qu’on a observé ».

Αὐτῶν δὲ διηνοίχθησαν οἱ ὀφθαλμοί,

et leurs yeux furent ouverts

3 è pl. aoriste passif de διανοίγω (dianoigô)

καὶ ἐπέγνωσαν αὐτόν ·

et ils le reconnurent ;

 καὶ αὐτὸς ἄφαντος ἐγένετο ἀπ’ αὐτῶν. v. 31

(kai autos aphantos égénéto ap’autôn)

« et lui-même devint invisible à leurs yeux ».

ἄφαντος ἐγένετο : il devint invisible.

Ce n’est pas un départ,

et alors que précédemment il avait fait mine de partir,

il ne part pas, il ne salue pas pour prendre congé.

Le verbe d’état γίνομαι (imparfait : ἐγένετο)

est juste coordonné à ce qui précède.

C’est une nouvelle forme de présence « ἄφαντος »

(non manifeste).

-

En effet, quand on a reconnu l’action de Jésus Christ,

même s’il n’est plus visible, il vit :

καιομένη ἦν  [ἐν ἡμῖν] (v.32)

(kaioménè en hèmîn)

« brûlant en nous. »

Ὄντως (v.34)

(ontôs)

« réellement » :

ἐν τῇ ὁδῷ (v.35)

(èn tè odô)

« sur notre chemin »

et

ἐν τῇ κλάσει τοῦ ἄρτου (v.35)

(èn tè klasei tou artou)

« dans la fraction du pain. »

 

 

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