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10 octobre 2017

Royaume,βασιλεία (basileia)

Classé dans : — evangilegrec @ 8 h 57 min
Tympan de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun, 1120 (détail)
Tympan de la cathédrale Saint Lazare d’Autun, 1120 (détail)

 

 ἡ βασιλεία τοῦ θεοῦ 

ἡ βασιλεία τῶν οὐρανῶν.

_

Le royaume de Dieu

Le royaume des Cieux

_

I. Les deux expressions :

« Le royaume des cieux  est proche »

Premier mot de la prédication de Jean-Baptiste dans l’Evangile de Matthieu :

« καὶ λέγων, Μετανοεῖτε: ἤγγικεν γὰρ ἡ βασιλεία τῶν οὐρανῶν. »

« convertissez vous , car le royaume des cieux est proche »

Mt 3,2 ( voir aussi 4,17)

Dans l’Evangile de Luc

Lc 9, 57-62 (cf.article du 4/10/17)  on peut lire :

Ἰησοῦς πρὸς αὐτόν, Οὐδείς, ἐπιβαλὼν τὴν χεῖρα αὐτοῦ ἐπ’ ἄροτρον,

καὶ βλέπων εἰς τὰ ὀπίσω, εὔθετός ἐστιν εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ.

Jésus leur dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière

n’est pas adapté au royaume de Dieu »

Les deux expressions (royaume de Dieu, Royaume des Cieux) sont équivalentes.

_

Marc parle de « royaume des cieux »

Matthieu parle de « royaume des cieux » ou de « royaume de Dieu »

-

II. D’où vient cette expression de « royaume des cieux »

ou de « royaume de Dieu » ?

-

Dans l’ancien Orient, pour désigner la royauté humaine et la royauté divine

le mot est le même : « royaume », qui se dit ici en grec : βασιλεία. (basileia)

Cette équivalence se retrouve dans tous les empires de l’ancien Orient

où pouvoir et religion sont liés.

En effet, la mythologie confère une valeur sacrée au roi humain,

qui est le représentant terrestre du dieu.

La royauté est une institution sacrée.

Par exemple, en Égypte, le pharaon est l’incarnation du Dieu Horus.

De même, à Babylone, le roi est l’élu de Mardouk.

L’empire grec et l’empire romain

reprennent les idées fondamentales des cultes polythéistes plus anciens

lorsqu’ils divinisent leurs souverains.

-

« Dieu roi » :

 le Premier Testament lui donne un contenu particulier

en rapport avec son monothéisme et sa conception du pouvoir politique.

Enfin, le thème de « royaume de Dieu » du Nouveau Testament

est enraciné dans l’expérience d’ Israël fondée sur les promesses des prophètes.

_

Avec le Nouveau Testament,

le thème du « royaume de Dieu» se dépouille totalement de ses résonance politiques.

Ainsi l’expression de « royaume de Dieu » passe du Premier au Nouveau testament

et se transforme ;

la royauté du Christ est d’un autre ordre que celle du royaume politique.

L’expression reste la même, mais Jésus s’efforcera de faire comprendre la nature de son Royaume.

_

Dans le Premier Testament  l’expérience de la royauté a pris fin en 587, lors de l’exil ;

le judaïsme du post-exil est soumis à l’autorité de rois païens.

Après la période de l’exil, les juifs se tournent vers les derniers temps

et le « royaume des cieux » devient le point central de l’espérance eschatologique.

C’est ainsi qu’on attend du roi Messie qu’il libère Israël de l’oppression étrangère.

-

III. Dans le Nouveau Testament :

Jésus ne s’oppose pas à l’autorité politique,

à celle d’Hérode, le tétrarque,

ni à celle de l’empereur romain :

Ἀπόδοτε τὰ Καίσαρος Καίσαρι, καὶ τὰ τοῦ θεοῦ τῷ θεῷ.

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Marc 12,17).

Mais Jésus précise que son royaume n’est pas de ce monde:

Ἀπεκρίθη Ἰησοῦς,

Jésus répondit,

 Ἡ βασιλεία ἡ ἐμὴ οὐκ ἔστιν ἐκ τοῦ κόσμου τούτου:

mon royaume n’est pas de ce monde

 εἰ ἐκ τοῦ κόσμου τούτου ἦν ἡ βασιλεία ἡ ἐμή,

si mon royaume était de ce monde

 οἱ ὑπηρέται ἂν οἱ ἐμοὶ ἠγωνίζοντο,

mes serviteurs auraient combattu pour moi

 ἵνα μὴ παραδοθῶ τοῖς Ἰουδαίοις:

afin que je ne fusse pas livré aux juifs

 νῦν δὲ ἡ βασιλεία ἡ ἐμὴ οὐκ ἔστιν ἐντεῦθεν.

mais en  réalité  mon royaume n’est point d’ici-bas. (Jn 18,36) 

_

Ambigüité voulue : 

L’écriteau de la croix porte : « ὁ βασιλεὺς τῶν Ἰουδαίων ».

« Jésus roi des juifs » (Jn19,19) :

L’accusation porte sur le domaine politique, terrestre ;

alors que le destinataire de l’Evangile est invité à y voir une autre réalité.

Dans l’Evangile de Luc :

le bon larron demande à Jésus d’être « dans son royaume » :

ὅταν ἔλθῃς ἐν τῇ βασιλείᾳ σου. « quand tu seras dans ton royaume … ».

(Luc 23, 42)

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Enfin il est intéressant de lire dans l’Apocalypse :

« il est roi des rois et seigneurs des seigneurs » (Ap 17,14) :

Οὗτοι μετὰ τοῦ ἀρνίου πολεμήσουσιν,

Ils combattront contre l’agneau

 καὶ τὸ ἀρνίον νικήσει αὐτούς,

et l’agneau les vaincra

 ὅτι κύριος κυρίων ἐστὶν

parce qu’il est Seigneur des seigneurs 

 καὶ βασιλεὺς βασιλέων,

et Roi des rois  

καὶ οἱ μετ’ αὐτοῦ, κλητοὶ καὶ ἐκλεκτοὶ καὶ πιστοί

et avec lui les appelés, les élus, et les fidèles (vaincront aussi) (Ap 17,14) 

Après la Résurrection, le royaume est accompli.

Notez  l’association de la figure de « l’agneau » à celle de « roi ».

Le titre de roi a acquis un autre sens après la Résurrection,

et l’agneau est devenu « roi des rois »  (plus que « roi » !)

-

Donc le nom de « Royaume » « ἡ βασιλεία » et le titre de « roi »   »βασιλεὺς » 

traversent tout le Nouveau Testament : Le royaume de Dieu est proche,

c’est l’objet premier de la prédication de Jean-Baptiste.

Le thème et l’expression proviennent du Premier Testament.

Jésus donne au « Royaume de Dieu » la première place dans sa prédication.

Après la Pentecôte, le thème est central (cf. Actes 14, 22,…)

_

IV . Les images associées au « Royaume des Cieux » : 

On peut noter aussi que le « Royaume de Dieu »

se révèle progressivement dans les paraboles.

Dans celles-ci, le Royaume est associé à diverses images en référence à sa croissance ;

il est comparé à la graine, au levain, à la semence, au bon grain…

On a vu que Jésus est très réservé vis-à-vis du titre de roi : Jean 18, 36 (cf préc.).

Mais hériter de son royaume c’est hériter de la vie éternelle :

« καὶ ζωὴν αἰώνιον κληρονομήσει :

et il héritera de la vie éternelle » (Mt 19, 29)

Jésus identifie le royaume du fils de l’homme et le Royaume du père :

Ἀποστελεῖ ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου τοὺς ἀγγέλους αὐτοῦ,

le fils de l’homme enverra ses anges 

καὶ συλλέξουσιν ἐκ τῆς βασιλείας αὐτοῦ πάντα τὰ σκάνδαλα

qui arracheront de son royaume tous les scandales

καὶ τοὺς ποιοῦντας τὴν ἀνομίαν

et ceux qui commettent l’iniquité (Mt 13,41)

_

Le champ lexical de la royauté est varié :

 Citons par exemple  « le trône » cf. Apocalypse (3, 21)

Ὁ νικῶν, δώσω αὐτῷ καθίσαι μετ’ ἐμοῦ ἐν τῷ θρόνῳ μου,

 ὡς κἀγὼ ἐνίκησα, καὶ ἐκάθισα μετὰ τοῦ πατρός μου ἐν τῷ θρόνῳ αὐτοῦ

Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône

 comme moi-même j’ai vaincu et me suis assis avec mon père sur son trône. 

-

De même,  vous pouvez contempler

Jésus dans sa gloire, sur son trône, vêtu en roi, au tympan des cathédrales,

notamment sur celui de la cathédrale d’Autun. (cf.ci-dessus)

Comme sur de nombreux tympans romans,

Jésus est entouré de la mandorle, signe de sa gloire divine,

et les symboles de la royauté y sont associés :

le vêtement, la ceinture royale,  le trône sur lequel Jésus est assis…

BIBLIOGRAPHIE :

Vocabulaire de Théologie biblique,

(Cerf, 1962)  article « royaume » p.942-955

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