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12 février 2020

Marc 7,24-30 les miettes de pain

Classé dans : — evangilegrec @ 12 h 15 min

L’image des miettes de pain, Mc 7,24-30

L’intérêt du récit en Mc 7,24-30 se déplace,

en raison de la réponse imagée de Jésus,

de la demande d’une guérison à un autre sens.

Le thème serait-il l’accomplissement d’un nouveau miracle ?

ou autre chose ?

Pourquoi l’évangéliste a-t-il choisi ce détour ?

Pour répondre,

nous verrons le contexte du passage,

sur quelle nouvelle perspective il ouvre,

et ce que le passage par la métaphore, permet de rapprocher.

Ce passage nous renvoie encore une fois à la question du choix d’écriture,
du « comment » c’est écrit, ce qui gomme une lecture naïve.  
-

Quel est le contexte de ce passage ?

Il y a chez Marc deux récits de la multiplication du pain :

l’une avant ce passage, l’autre après.

La première multiplication des pains :

Mc 6,30-44

La deuxième :

Mc 8,1-9

Nous sommes dans un ensemble de textes

qui montrent à partir de la thématique du pain,

l’extension de la bonne nouvelle à l’ensemble des hommes.

-

La femme qui sollicite une guérison pour sa fille est « d’origine grecque ».

Jésus est allé dans le territoire de Ty et de Sidon :

le cadre indique le déplacement de Jésus vers les païens.

Dans la deuxième  multiplication des pains, il est précisé :

Les hommes viennent de loin en Mc 8,3

 καί τινες αὐτῶν μακρόθεν ἥκουσιν.

car certains d’entre eux viennent de loin.

De plus le chiffre 12 n’apparaît plus,

comme dans la première multiplication des pains,

mais c’est le chiffre 7 qui le remplace :

Καὶ ἐπηρώτα αὐτούς,

Et il leur demandait :

Πόσους ἔχετε ἄρτους ; Οἱ δὲ  εἶπαν Ἑπτά

combien avez-vous de pain ? ils dirent sept. 

Le chiffre sept correspond au petit groupe

autour duquel fut organisée la communauté des chrétiens hellénistes de Jérusalem. (Ac 6 ,3)

Alors que le nombre douze est celui des douze tribus d’Israël,

et des douze apôtres, la première communauté d’origine juive.

(12 paniers dans la première multiplication )

or cette mention de « douze » n’apparaît plus dans le deuxième passage.

On pourrait dire que le passage de la femme syro-phénicienne,

placé entre les deux multiplications des pains,

marque un changement de perspective, une ouverture.

La reprise des mots de Jésus par la femme elle-même souligne son audace :

τοῖς κυναρίοις est repris par τὰ κυνάρια

qui devient sujet

τῶν τέκνων  est repris par τῶν παιδίων

avec une variante.

-

La métaphore ne permet-elle pas de rapprocher

l’idée de nourriture de celle de bonne nouvelle universelle ?

Dans le chapitre 8 on peut encore montrer que Jésus

invite à se méfier du levain des pharisiens et de celui d’Hérode.

Ὁρᾶτε, βλέπετε ἀπὸ τῆς ζύμης τῶν Φαρισαίων καὶ τῆς ζύμης Ἡρῴδου.

« loin du levain », c’est à-dire de ce qui les nourrit, les fait vivre.

L’image du pain montre

que le royaume de Dieu n’est pas limité à une frontière,

mais que ce royaume est déjà là où est la foi, dans le coeur de l’homme,

en effet, le pain est ce qui nourrit l’homme,

le levain est aussi ce qui travaille intérieurement.

(voir dans ce qui précède le passage l’opposition entre ce qui vient du coeur

et ce qui vient de l’extérieur de l’homme et ne peut le rendre impur).

Jésus vient relever les morts, prendre soin des blessés,

donner à manger à ceux qui ont faim,

et chasser les démons.

Il travaille au coeur de l’homme pour le rétablir.

Ici l’enfant « a un démon ».

Jésus ne fait pas un acte éblouissant comme ferait un thaumaturge,

(il y en avait beaucoup à l’époque)

mais un acte qui replace l’homme dans la société  et qui le restaure de l’intérieur.

 ἐξελήλυθεν  ἐκ τῆς θυγατρός σου τὸ δαιμόνιον
Mc 7,29
le démon est sorti de ta fille
-

Ainsi, c’est une même idée de la restauration de la création dans

l’image du pain donné,

(dans la distribution des pains multipliés

comme dans les miettes de pain données à tout homme)

et dans la guérison de la jeune-fille.

Dieu renouvelle sa bénédiction,

et l’ouvre à l’ensemble des hommes.

En effet, le pain donné rappelle la distribution de la manne dans le Premier Testament,

et ici le Christ est vu comme nouveau pain de vie dans le Nouveau Testament.

-

D’ailleurs, la thématique du pain est déjà très présente  dans le Premier Testament :

dans le livre de l’Exode, Ex 16,4, Dieu promet à Moïse du pain.

Dieu est le berger qui conduit, nourrit et permet de se reposer

On  peut aussi rapprocher le Psaume 22

de la première multiplication des pains de Marc

où la foule empêche Jésus de se reposer à l’écart,

elle est à la recherche d’un « berger ».

Les hommes se couchent sur l’herbe « verte » dans le psaume comme dans le passage de Marc. 

Dans le passage de Marc, l’arrivée de  la femme syro-phénicienne,

trouble la tranquillité de Jésus, comme la nombreuse foule

qui n’a plus de pain.

On peut lire au début du passage :

Καὶ εἰσελθὼν εἰς οἰκίαν, οὐδένα ἤθελεν γνῶναι, καὶ οὐκ ἠδυνήθη λαθεῖν. 

Mc 7,24

et étant entré dans une maison, il voulait que personne ne le sut et il voulut être caché.

-

Dans ce passage, l’image permet également

un rapprochement entre la parole et la nourriture.

La femme dit une parole, et Jésus lui donne une parole.

La confiance est créatrice, et la foi se partage :

L’image met aussi en évidence que la foi d’une personne

peut en sauver une autre.

La foi de la mère guérit la fille.

Καὶ εἶπεν αὐτῇ, Διὰ τοῦτον τὸν λόγον ὕπαγε:

ἐξελήλυθεν  ἐκ τῆς θυγατρός σου τὸ δαιμόνιον

et il lui dit :

Va, à cause de cette parole,

le démon est sorti de ta fille.

Mc 7,29

Mais si Jésus veut « se cacher » en permanence

c’est parce que le sens de sa venue ne peut se comprendre

qu’à la lumière de sa résurrection.

Ἰδὼν δὲ ὁ κεντυρίων … εἶπεν,

Ἀληθῶς  οὗτος ὁ ἄνθρωπος  υἱὸς   θεοῦ ἦν 

Le centurion dit : « vraiment cet homme était le fils de Dieu »

Mc 15,39

Ici le centurion (un romain, un représentant du monde païen )

est celui qui  le premier après la mort de Jésus fait un acte de foi.

Cela permet d’englober à la fin de l’évangile

tout lecteur dans l’annonce de la Bonne nouvelle :

il n’est plus nécessaire de se taire, de se cacher,

Christ est mort et ressuscité et sauve ainsi tous les hommes du péché.

C’est ce qui était indiqué par des « signes » de son vivant

(les exorcismes, les miracles dunameis et semeia).

-

Bibliographie : 

Article :

Jésus l’Encyclopédie, Albin Michel 2017 (sous la dir. Doré)

« Guérisons et exorcismes »  p. 287 Roselyne Dupont-Roc

DELORME Lecture de l’évangile selon saint Marc, Cerf, Cahier évangile ,

« la table ouverte… » Mc ,30 à 8,26 p.58

 

 

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