1 février 2019

Marcher, aller, venir

Classé dans : — evangilegrec @ 15 h 52 min

Aller et venir, la route et le chemin: 

 

Des verbes fréquemment employés dans les évangiles :

 

ἒρχομαι (erchomai)  « aller » a de nombreux composés.

Exemple  : διελθν (dielthôn) participe aoriste de

διέρχομαι (dierchomai)  aller à travers (δια, dia) traverser

ἐξέρχομαι, aller hors de (ἐξ) : sortir de

εἰσέρχομαι : aller dans (εἰς) : entrer dans

περιπατέω, péripatéô : marcher, circuler (περι « autour » contient l’idée de cercle)

Le verbe simple : πατέω, patéô fouler aux pieds, se trouve aussi dans le NT mais il est beaucoup moins fréquent.

De la même racine : ὁ πάτος,  chemin battu.

Le péripatéticien était un élève d’Aristote* qui enseignait en marchant de long en large

sous les portiques du Lycée (* philosophe grec, 367 av. JC, enseignait près d’un autel dédié à

Apollon Lycien , dans un gymnase, appelé pour cela le Lycée -Lycien➢ Lycée)

πορεύομαι, poreuomai : macher, faire route, aller, se rendre

(dans ce verbe la racine πορ exprime l’idée de passage, πορός, passage, en fr. les pores de la peau, une aporie : absence d’issue)

 Συμπορεύομαι  : faire route avec  συμ ou  συν (sun) : avec

 παραπορεύομαι  passer à côté, le long de (παρα para : à côté, le long de , chez)  employé avec δία dia : traverser

Ατς δ διελθν δι μέσου ατν πορεύετο.

Lc 4,30

et lui-même passant au milieu d’eux s’en allait.

 

ἀκολουθέω, (akolouthéô) suivre, accompagner

Les composés de βαίνω (bainô)  marcher (qui n’est pas employé seul dans le NT)  :

ἀναβαίνω, monter…καταβαίνω, descendre.

S’emploie pour « monter » ou « descendre » de la barque par exemple.

la racine βα (ba) de ce mot a donné ἡ βάσις (hè basis) la marche ,

l’endroit où l’on pose le pied (base en fr.)

Voir aussi : l’Anabase de Xénophon, l’acrobate…MARTIN Les Mots grecs p. 34

Voir le baptême de Jésus : dans le même verset de l’évangile de Marc, le baptême de Jésus (Mc1,10) on a :

ἀναβαίνω sortir de l’eau (de bas en haut -ἀνα) et καταβαίνω descendre sur lui l’esprit (de haut en bas -κατα)

ὑπάγω, s’en aller, ce verbe est employé dans le grec tardif

par opposition à ἔρχομαι, venir,

dans la langue classique il signifiait « atteler » .

La racine ἄγω contient l’idée de pousser, mener.

Ce verbe est employé quand Jésus dit qu’il part vers son Père. (Je m’en vais)

 

Pourquoi Jésus est-il tout le temps en marche ? 

 

Le monde dans lequel vit Jésus est nomade.

Dans ce monde, l’image de la voie, celle de la route et du chemin

sont des images importantes sur le plan physique et morale.

 

De plus, dans le Premier Testament, il est aussi question de chemin :

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père,

et va vers le pays que je te montrerai. …. » , dit Dieu à Abraham

(Gn 12,1)

Puis on parle d’exode (ἐξ, ex, hors de + ὁδός, hodos : le chemin)

καὶ εἰσελθάτωσαν οἱ υἱοὶ Ισραηλ εἰς μέσον τῆς θαλάσσης

(Ex 14,16, version de la Septante)

et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer

 

et il est question de Terre promise….

Le peuple d’Israël est en chemin.

 

Dans le Nouveau Testament,

Jésus dit de lui-même qu’il est

« le chemin, la vérité et la vie »  :

On pourrait dire « un chemin de vie. »

 

Λέγει αὐτῷ ὁ Ἰησοῦς,

(légei autô ho Ièssous)

Jésus dit

 Ἐγώ εἰμι ἡ ὁδὸς καὶ ἡ ἀλήθεια καὶ ἡ ζωή

(égo eimi hè hodos kai hè alètheia kai hè dzoè )

Moi je suis le chemin, la vérité et la vie

 οὐδεὶς ἔρχεται πρὸς τὸν πατέρα, εἰ μὴ δι’ ἐμοῦ.

(oudeis erchetai pros ton patéra mou ei mè di émoi)

Personne ne vient à mon père si ce n’est par moi.

(Jn14,6)

On voit déjà que l’expression

δι’ ἐμοῦ : « par moi, à travers moi »

propose un chemin nouveau, et qui passe par Jésus.

 

La marche est aussi un symbole :

 

Par exemple,

au début de l’évangile de Luc,

Joseph se rend à Bethléem,

pour le recensement,

et c’est à ce moment-là que naît Jésus.

-

Donc ce chemin vers Betlhéem

a un sens théologique,

Bethléem renvoie à l’humanité de Jésus

et à la royauté terrestre de David.

 

* cf. M.F. BASLEZ dans Jésus l’Encyclopédie, p. 58 

 

Si nous prenons un autre exemple,

l’évangile raconte la « montée » de Jésus vers Jérusalem,

le lieu de sa Passion et de sa résurrection.

Ce chemin (ou montée) vers Jérusalem est au coeur des évangiles synoptiques.

Jésus monte vers la croix, va vers son Père, il va aussi vers le temple de Jérusalem

et fera de son corps un nouveau temple.

Dans l’évangile de Jean, Jésus va plusieurs fois à Jérusalem ;

mais dans l’évangile de Marc, par exemple, l’espace géographique

est organisé, les lieux sont vus dans leur rapport les uns avec les autres,

La première partie, jusqu’au chapitre 9 se passe en Galilée,

puis Jésus vient en Judée et monte vers Jérusalem

(sur ce sujet, voir par exemple DELORME, Lecture de l’Evangile de Marc, Cahier évangile, p.13-15)

-

Donc nous voyons bien que la marche est un mouvement spatial

mais aussi symbolique,

ce qui fait son importance dans l’évangile.

 

L’évangile comme cheminement :

 

Dès le début de l’évangile de Marc,

la renommée de Jésus est annoncée à tout homme, elle « sort »

Le verbe employé pour dire cela est ἐξέρχομαι , exerchomai, sortir de,

mot composé de  ἐξ (hors de ) et de έρχομαι (aller) 

Les traducteurs emploient le verbe « se répandre » : 

ἐξῆλθεν (exelthen est l’aoriste- le passé simple pour nous- de ἐξέρχομαι)

Καὶ ἐξῆλθεν ἡ ἀκοὴ αὐτοῦ εὐθὺς 

Et aussitôt sa renommée sortit

πανταχοῦ εἰς ὅλην τὴν περίχωρον τῆς Γαλιλαίας.

partout dans toute la région de la Galilée.

Mc 1,28

ἡ ἀκοὴ αὐτοῦ : littéralement « ce qu’on entend dire de lui »

(sa renommée le précède)

Et ensuite, tout homme vient à Jésus …

Il suffit de voir le nombre important d’expressions telles que :

« aller vers lui »

« suivre »

Le verbe « suivre » vient souvent

après un changement de direction,

après le pardon…

C’est à ce moment que la renommée

devient autre chose qu’une simple renommée,

mais aussi une bonne nouvelle.

Bien sûr, les prépositions, très nombreuses en grec,

_et par conséquent dans les évangiles_

sont à la fois spatiales et figurées.

Le langage grec et non grec, humain simplement, 

est métaphorique,

_c’est une lapalissade_

mais combien la métaphore du chemin

est-elle éloquente pour parler de Jésus !

 

Jésus « est » chemin :

 

Les évangiles ne racontent pas la « vie » de Jésus,

mais son chemin et l’appel à se mettre en chemin pour tout homme :

« Je suis le chemin, la vérité et la vie » c’est :

« je suis pour toi lecteur, le chemin de vie. »

C’est plus que le chemin que fait Jésus,

puisqu’il est dit que Jésus est chemin !

Ce chemin est donc intérieur,

il y a véritablement méta- phore

comme il y a eu méta -noia (conversion)

c’est à dire déplacement de l’extérieur vers l’intérieur,

intériorisation,

méta- morphose dans l’épisode de la Transfiguration:

visible pour ceux seuls qui sont capables de le voir,

sorte de pivôt de l’évangile-chemin de Marc.

 

Le retour à notre intériorité,

c’est aussi ce à quoi nous appelle

le cheminement des pèlerins d’Emmaüs,

à la fin de l’évangile de Luc (chapitre 24) :

ils recherchent Jésus non plus avec leurs yeux

mais ils le cherchent en eux :

« leur coeur était tout brûlant en eux ».

Chemin intérieur en réponse à

« où chercher Dieu? »

En toi, lecteur de l’évangile,

réceptacle de l’Evangile,

dans le secret de ton intériorité.

 

καὶ ἀπὸ Ἱεροσολύμων,

et de Jérusalem

καὶ ἀπὸ τῆς Ἰδουμαίας,

et de l’Idumée,

καὶ πέραν τοῦ Ἰορδάνου,

et au-delà du Jourdain,

καὶ  περὶ Τύρον καὶ Σιδῶνα,

et des environs de Tyr et de Sidon,

πλῆθος πολύ,

 une grande multitude,

ἀκούοντες ὅσα ἐποίει,

entendant parler de tout ce qu’il faisait,

ἦλθον πρὸς αὐτόν.

 vint à lui.

(Mc 3,8)

-

* καὶ λέγει αὐτῷ,

et il lui dit :

Ἀκολούθει μοι.

Suis-moi.

Καὶ ἀναστὰς

Et s’étant levé,

ἠκολούθησεν αὐτῷ.

il le suivit.

Mc 2,14

Voir aussi Mc 16,15

Les exemples sont très nombreux.

-

Enfin nous pouvons remarquer que la foule marche « avec » Jésus

mais que celui qui est appelé par lui le suit :

 Ὅστις οὐ βαστάζει τὸν σταυρὸν ἑαυτοῦ

Et celui qui ne porte pas sa propre croix,

 καὶ ἔρχεται ὀπίσω μου,

et ne vient pas derrière moi,

οὐ δύναται εἶναί μου μαθητής.

ne peut être mon disciple. 

Lc 14,27

Ainsi :

Voir le dos de Jésus, c’est marcher derrière lui et se laisser guider.

 

———

Donc les évangiles proposent un itinéraire symbolique,

un chemin de vie. Ils montrent le chemin de Jésus

et proposent un chemin(ement) à tout homme.

Dans un pays de nomade, cette métaphore du chemin

est au coeur même des évangiles, du début à la fin.

Jean-Baptiste annonce le chemin et montre Jésus

qui est « avant lui » car Jésus appelle chacun à venir derrière lui.

En effet, Jésus est le chemin.

Il monte à Jérusalem, c’est à dire qu’il va vers sa mort,

et sa résurrection,

puis la Bonne nouvelle est en route, elle part de Jérusalem,

et va vers le monde entier,

elle est sortie, et on ne peut plus l’arrêter…

pénétrante comme le souffle, l’Esprit qui s’invite en chacun.

-

BIBLIOGRAPHIE :

 M.F. BASLEZ dans Jésus l’Encyclopédie, DORE (dir.) Albin Michel p. 58 et s.

Jean BOUFFARTIGUE, Anne-Marie DELRIEU Trésors des racines grecques (Belin 1981) chapitre « l’espace » 

DELORME, Lecture de l’Evangile de Marc, Cahier évangile

Xavier LEON-DUFOUR (dir.) (Cerf, Paris 1962) Vocabulaire de Théologie biblique  p. 126 article « chemin »,p.1032   »suivre »

Thomas RÖMER Les Cent mots de la Bible (Puf, Que sais-je n°4057) articles « exode » et « pays »

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