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10 octobre 2017

Notre Père, Πάτερ ἡμῶν

Classé dans : — evangilegrec @ 8 h 48 min
Notre père en plusieurs langues : cliquez ici.
Πάτερ ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς,
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου.
Ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου.
Γενηθήτω τὸ θέλημά σου,
ὡς ἐν οὐρανῷ, καὶ ἐπὶ τῆς γῆς.
Τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δίδου ἡμῖν τὸ καθ’ ἡμέραν.
Καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν,
καὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφίεμεν  παντὶ ὀφείλοντι ἡμῖν.
Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
ἀλλὰ  ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
(cf.évangile  du 11/10/17)
   Les philologues regroupent sous le sigle de « Q »
un ensemble de paroles et de mots attribués à Jésus,
de maximes, qui sont parvenus jusqu’aux premiers écrits des évangiles.
Cette source a nourri les écrits de Matthieu et de Luc.
Les évangiles de Matthieu et de Luc ont été rédigés à peu près dix ou 20 ans après celui de Marc.
La source que constitue l’évangile de Marc s’est étoffée de cette transmission orale appelée « source Q »,
dans les évangiles de Luc et de Matthieu .
Le Notre Père tire sa source de cette transmission des paroles de Jésus (source Q) .
Matthieu reprend une formulation en usage dans les synagogues, c’est le cas de la formule :
« Notre Père qui es aux cieux ».
On a dit que le Notre Père de Matthieu a été enseigné aux premiers chrétiens
pour que l’Eglise naissante ait sa propre prière
en réponse à ce que l’on récitait dans les synagogues. Cf. BROWN p. 257
L’organisation en 6 demandes est propre à la manière d’écrire de Matthieu :
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου.
 Ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου.
 Γενηθήτω τὸ θέλημά σου,
« Que ton nom soit sanctifié
Que ton règne vienne 
Que ta volonté soit faite »
sont trois demandes, à la troisième personne de l’impératif, et
sont significatives de l’ordre qu’affectionne Matthieu dans son style.
La demande centrale est de faire advenir le royaume.
 (Perspective eschatologique qui s’est estompée avec la traduction de  τὸν ἐπιούσιον  par « quotidien »,
 alors que ce pourrait être « du lendemain », ou « nécessaire à notre existence« , c’est un hapax.)
« donne-nous notre pain quotidien »  : Τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον)
 (ἐπι + ούσιον  / ούσιον, venant du verbe être, ou du verbe aller )
-
Le désir de celui qui prie étant d’avoir part au banquet céleste:
il s’ensuit des demandes :
Καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν,
et pardonne-nous de nos péchés
καὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφίεμεν  παντὶ ὀφείλοντι ἡμῖν.
comme nous pardonnons aussi à quiconque nous a offensé .
-
Celui qui veut avoir part au Royaume
doit faire face à un dangereux combat contre le mal :
Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
μὴ + subjonctif : exprime la défense
εἰσενέγκῃς : subjonctif aoriste de εἰσφέρω
porter dans, d’où l’expression « laisser entrer en » ,
l’expression latine de la Vulgate, est :
« ne inducas nos in tentationem »
L’ ambigüité de la traduction française qui date de cinquante ans :
« ne nous soumets pas à la tentation » a été corrigée  par la nouvelle traduction de la Bible pour la liturgie ;
l’expression choisie est « ne nous laisse pas entrer en tentation », plus proche du texte grec.
Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
ἀλλὰ  ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
Mais délivre-nous du mal.
La formule de Luc est plus brève et plus ancienne que celle de Matthieu :
-
Luc 11, 1-4 :
1
Καὶ ἐγένετο ἐν τῷ εἶναι αὐτὸν ἐν τόπῳ τινὶ προσευχόμενον,
ὡς ἐπαύσατο, εἶπέν τις τῶν μαθητῶν αὐτοῦ πρὸς αὐτόν,
Κύριε, δίδαξον ἡμᾶς προσεύχεσθαι,
καθὼς καὶ Ἰωάννης ἐδίδαξεν τοὺς μαθητὰς αὐτοῦ.
Jésus priait un jour en un certain lieu.
Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit :
Seigneur, enseigne-nous à prier,
comme Jean l’a enseigné à ses disciples.
1
Εἶπεν δὲ αὐτοῖς, Ὅταν προσεύχησθε, λέγετε,
Πάτερ ἡμῶν (ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς  –)
 ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς,
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου.
Ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου.
Γενηθήτω (Γενηθήτω τὸ θέλημά σου ὡς ἐν οὐρανῷ καὶ ἐπὶ τῆς γῆς  –)
 τὸ θέλημά σου,
ὡς ἐν οὐρανῷ, καὶ ἐπὶ τῆς γῆς.
Il leur dit : Quand vous priez, dites :
Père ! Que ton nom soit sanctifié ;
que ton règne vienne.
dans le ciel et sur la terre.
3
Τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δίδου ἡμῖν τὸ καθ’ ἡμέραν.
Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ;
4
Καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν,
καὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφίεμεν
 (ἀφίεμεν  ἀφίομεν)
παντὶ ὀφείλοντι ἡμῖν.
Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
ἀλλὰ
 (ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ  –)
ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
pardonne-nous nos péchés,
car nous aussi nous pardonnons
à quiconque nous offense ;
et ne nous induis pas en tentation,
mais délivre nous du mal :
le mss N  ne donne pas cette dernière demande
-
Mt 6, 9-13 :
-
9
Οὕτως οὖν προσεύχεσθε ὑμεῖς:
Πάτερ ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς,
ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου.
Voici donc comment vous devez prier :
Notre Père qui es aux cieux !
Que ton nom soit sanctifié ;
10
Ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου.
Γενηθήτω τὸ θέλημά σου,
ὡς ἐν οὐρανῷ, καὶ ἐπὶ τῆς (τῆς  –) γῆς.
que ton règne vienne ;
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
11
Τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ;
12
Καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν,
ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφίεμεν (ἀφίεμεν  ἀφήκαμεν)
τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν.
pardonne-nous nos offenses,
comme nous aussi nous pardonnons
à ceux qui nous ont offensés ;
13
Καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ.
Ὅτι (Ὅτι σοῦ ἐστιν ἡ βασιλεία καὶ ἡ δύναμις
καὶ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας Ἀμήν ) 
σοῦ ἐστιν ἡ βασιλεία καὶ ἡ δύναμις καὶ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας. Ἀμήν.
ne nous induis pas en tentation,
mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent,
le règne, la puissance et la gloire pour les siècles. Amen !
(doxologie des premiers chrétiens, qui n’est pas dans tous les manuscrits)
-
Si on compare Luc 11, 1-4 à Mt 6,9-13 , on voit que Matthieu étoffe le Notre Père.
-
Il a été proposée une reconstruction en araméen par FITZMYER Luke2, 901. 
-
Discussions autour de la traduction : « notre pain de ce jour » :

 « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien »

τν πιούσιον  = « quotidien » ?

Le sens pourrait être « nécessaire à notre existence »,

« plus que ce qui est réel » 

 ou : 

« du lendemain »

C’est un hapax, c’est à dire un mot attesté une seule fois,

qu’on ne peut donc comparer pour trouver une juste définition.

1.

« Donne-nous notre pain nécessaire à notre existence »

D’où vient cette traduction?

Comme l’adjectif est un hapax, il y a plusieurs étymologies possibles :

« Τὸν ἄρτον ἡμῶν τν πιούσιον »:

notre pain qui soutient.

 (πι + *ούσιον  / *ούσιον venant du verbe « être » :

Car selon CHANTRAINE, dictionnaire étymologique de la langue grecque

p.342, πιούσιον  viendrait de ἐπι τὴν οὖσαν.

Ici ce serait le participe du verbe être : οὖσα, pour Chantraine : et πειμι :

être au-dessus.

Car le pain renvoie au « pain de vie » , à la manne du Premier Testament,

à la Parole qui nourrit et soutient.

On peut dire que cette idée est déjà présente au chapitre 4 de l’ évangile de Matthieu

(qui reprend une sentence de Dt 8,3) :

« l’homme ne vit pas que de pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu » (Mt 4,4) . 

Ὁ δὲ ἀποκριθεὶς εἶπεν, Γέγραπται, Οὐκ ἐπ’ ἄρτῳ μόνῳ ζήσεται ὁ ἄνθρωπος

ἀλλ’ ἐπὶ παντὶ ῥήματι ἐκπορευομένῳ διὰ στόματος θεοῦ.(Mt 4,4)

ἐπὶ  : sur (prenant appui sur le pain) d’où : le pain qui soutient.

(cf. ENZO BIANCHI, Jésus l’Encyclopédie…)

2.

« notre pain qui est plus que ce qui est »

Ce terme a aussi été rapproché de l’essence des êtres (ousios / ousia) :

terme employé par Aristote.

La traduction serait « notre pain au-delà de ce qui est »  :

πι : « au-delà » de l’essence?

C’est une interprétation tardive qui se trouve dans la traduction de la Vulgate,

(IV è siècle) . En effet, Saint Jérôme traduit  ἐπιούσιον

par « supersubstantialis » Cette traduction est influencée par

la liturgie des premiers Chrétiens, car il  renvoie implicitement au pain de l’Eucharistie.

Super en latin peut signifier : au-delà ,

donc

supersubstantialis : « au-delà de la substance »

c’est-à-dire « céleste », plus que réel, le pain du Royaume.

3.

Notre pain « du lendemain » ou « nécessaire pour demain » 

Par aillleurs, calqué sur l’hébreu, ἐπιούσιον pourrait aussi signifier

« du lendemain », c’est-à- dire « nécessaire d’aujourd’hui à demain ».

Si l’on comprend :

 πι τν οσαν (μέραν) = pour le jour qui est à la suite. (Chantraine)

Ou alors :

Ce sens s’explique parce qu’on a le verbe composé de ἐπι (en outre, en plus, à la suite…)

et  εἶμι aller : sens de ἔπειμι (ἔπειμι 2 dans le dictionnaire de Bailly) « aller après »,

« aller à la suite », participe de ἔπειμι 2 : ἐπιοῦσα,

qui a donné par dérivation l’adjectif que l’on a dans le Nouveau Testament.

-

-

Traductions de la Vulgate (Jérôme IV è siècle) : 

 

Lc 11,2-4 (plus ancien et plus court) :

Pater,

sanctificetur nomen tuum.

Adveniat regnum tuum.

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie.

Et dimitte nobis peccata nostra,

siquidem et ipsi dimittimus omni debenti nobis.

Et ne nos inducas in tentationem.

(Chez Luc l’influence de 

« chaque jour » καθ’ ἡμέραν a dû se faire sentir pour le choix de

quotidianum ) car pour Luc la traduction est différente :

Mt 6, 10-13 dans la Vulgate : 

Pater noster,

qui es in caelis,

sanctificetur nomen tuum.

10 Adveniat regnum tuum;

fiat voluntas tua,

sicut in caelo et in terra.

11 Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie,

12 et dimitte nobis debita nostra,

sicut et nos dimittimus debitoribus nostris.

13 Et ne nos inducas in tentationem,

sed libera nos a malo. Amen.

supersubstantialis (hapax) 

 Super a valeur de superlatif, joint à un adjectif,

ce qui se faisait beaucoup en latin tardif. On peut aussi le traduire par en outre,  au-delà

Le mot supersubstantialis étant un hapax,

comme ἐπιούσιον, il n’y a pas de comparaisons possibles

avec d’autres occurences du mot et il en résulte plusieurs interprétations.

substantia : support, soutien, ce qui est essentiel;

littéralement ce qui tient dessous. (sub, et verbe, sto, stare soutenir)

L’adjectif : substantialis : substantiel, réel,

et supersubstantialis (hapax) : qui est au-dessus du réel.

L’idée de « quotidien » est donc absente ici.

Il y a ici une influence d’Aristote

qui définit la substance comme ce qui ne change pas dans l’être,

ce qui soutient et n’est pas changeant comme l’apparence, le goût, la couleur…

C’est l’essence.

Le mot « substance » a été utilisée dans la théologie

pour parler de « supersubtantiation » et « consubstantiation » au sujet de l’Eucharistie.

Donc la Vulgate  porte la marque des réflexions théologiques des Premiers chrétiens.

 Hodie : est l’adverbe de temps « aujourd’hui » qui correspond à l’adverbe grec σήμερον.

 

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