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25 novembre 2019

Prologue de Luc (Lc 1,1-4)

Classé dans : — evangilegrec @ 14 h 01 min

Le prologue de Luc : la dédicace à Théophile 

Luc est le seul des Synoptiques a proposer un prologue sous forme de dédicace.

Il est proche en cela de la tradition littéraire grecque de son époque.

Le vocabulaire est ici fait de mots rares, volontairement recherchés.

Son premier mot, la conjonction :

Ἐπειδήπερ, « maintenant que » n’est pas classique,

et c’est un hapax (apparaît une seule fois

dans  tout le Nouveau Testament)

Ce mot annonce la solennité du discours.

Un autre adverbe ἀκριβῶς (1,3) « avec exactitude »

annonce la rigueur de la démarche.

Cette démarche est comparable à celle que l’historien grec, Thucydide,

disait souhaiter adopter dans son récit.

Nous reprenons ici dans l’ordre du texte, quelques mots significatifs de ce prologue :

Pou une analyse précise de chaque terme :

E. DELEBECQUE Etudes grecques sur l’évangile de Luc, Paris, les Belles Lettres, 197. p.1-14

-

La dédicace, sur un modèle très classique est adressée à Théophile :

(Theos, Dieu) (Philos, ami) à l’ami de Dieu.

Beaucoup ont mis en ordre : ἀνατάττω  (anatatto)

ἀνατάξασθαι dans le texte à l’infinitif aoriste. 

ἀνα (ana) (préverbe, qui signifie « complètement » « du début à la fin »

ce préverbe indique plus qu’une composition, c’est une re-composition )

τάττω (ranger)

Verbe rare, seulement deux exemples tardifs attestés en dehors du Nouveau Testament.

-

ils ont transmis (verbe παραδίδωμι, paradidômi)  

(παρέδοσαν ἡμῖν ils nous ont transmis) 

(παρα, para : préverbe qui contient l’idée de transmission et de proximité)

+ δίδωμι, didomi, donner.

On retrouve παρα, para : préverbe, dans : παρηκολουθηκότι

(parakolouthèkoti = (à moi) qui ai suivi dès l’origine

Ici Delebecque propose une autre traduction qui tient mieux compte

de l’emploi du parfait pour le participe, et de l’uasage grec classique

de donner un participe + infinitif

là où le français emploie deux infinitifs compléments du verbe :

 J’ai moi aussi décidé de vous en faire une rédaction ordonnée, excellent Théophile

en restant attaché à les suivre, depuis le point de départ tous exactement .

παρα + le verbe qui signifie « accompagner »

(παρηκολουθηκότι dans le texte).

-

un récit des évènements qui ont été accomplis :

récit : διήγησις (diègèsis) (mot qui a donné « diégèse » ,

c’est-à-dire le récit des faits qui va du début à la fin.

Dans ce mot il y a aussi l’idée de conduire ἄγω ago, « mener » du début à la fin

(δια, dia préfixe qui contient l’idée de traverser)

  πεπληροφορημένων : (péplèrophorèménon) « qui ont été accomplis. »

Participe parfait passif, d’un verbe qui comporte l’idée de « plein » : πλήρης, plèrès, plein

et de ce qui est (trans)porté (φόρος, phoros). Le verbe πληροφορέω, plèrophoréô est

un long mot visuellement, on ne peut rien ajouter à ce très long mot,

(justement parce qu’il exprime la plénitude, l’accomplissement)

« qui ont été menés à leur plénitude » « accomplis » dans la traduction française du participe.

Ce mot est accordé à πραγμάτων pragmatôn : les choses faites, les actions , les évènements.

« parmi nous » : ἐν ἡμῖν èn èmin : « en » nous, dans , parmi nous.

(dans la koinè, la préposition ἐν, èn (dans) s’est généralisée, son emploi s’est étendu)

« serviteurs de la parole » :

de la parole :  τοῦ λόγου

τοῦ λόγου : le génitif de ὁ λόγος. (ho logos)

Ici logos désigne le témoignage de ceux qui ont précédé.

(Ce n’est pas le logos créateur du début de l’évangile de Jean, qui, lui, se réfère à la Genèse)

Pour plus de détails sur logos dans ce début de Luc : cliquez ici

(F. GODET, Commentaire sur l’évangile de saint Luc)

 κατηχήθης , catèchètès : est traduit par « que tu as entendus »

la phrase signifie en réalité : « que tu connaisses la solidité des paroles

au sujet desquelles tu as été instruit de vive voix » . Le verbe

κατηχέω (catèchô) a pour premier sens « retentir, résonner »,

puis : faire retentir aux oreilles, et:  instruire de vive voix.

Donc ces paroles font écho ηχέω ècho, elles résonnent en lui,

ces paroles ont d’abord été entendues, sonnent avec d’autres choses,

maintenant elles seront écrites γράφω, graphô, écrire,  γράψαι infinitif aoriste. 

(ὁ κατηχούμενος désigne le catéchumène, ce mot appartient au grec tardif)

Le verbe ne figure pas ailleurs chez Luc, mais on le retrouve chez Paul dans le sens de

« donner une instruction religieuse » cf DELEBECQUE op. cité p.5)

-

Le verbe  πληροφορέω, plèrophoréô annonce ce qui est accompli, or

« S’accomplit » : πεπλήρωται (verbe πληρόω, plèroô), se retrouve en Lc 4,21,

dans les paroles d’Isaïe citées par Jésus.

L’ensemble fait écho, donc il faut l’écrire, dit l’évangéliste à Théophile;

et même s’il fait un récit , une diégèse,

il le fait parce que cette parole permet de ne pas glisser:

(si on fait de λόγων le complément du nom τὴν ἀσφάλειαν :

on  traduit par « la certitude des enseignements »)

 ἀσφάλειαν est composé de l’alpha privatif et d’un dérivé du verbe σφάλλω,

(sphallo) glisser, vaciller.

Le substantif, mot abstrait, n’est employé que chez Paul en-dehors de l’évangile de Luc,

et Luc l’emploie une fois dans les Actes en Actes 5,23.

Cette parole est solide parce qu’elle a pour roc le Christ, ὁ Χρίστος, ho christos.

Le mot ἀσφάλειαν est rejeté en fin de phrase , ce qui lui donne une grande importance.

Si l’on ne fait pas de λόγων le complément du mot τὴν ἀσφάλειαν,

ce que propose Edouard Delebecque op. cité p.9 : on traduit par

« afin que tu découvres à propos des instructions que tu as entendues, la certitude »

La certitude sans complément, est la révélation, celle donnée à Théophile.

-

Pour Edouard Delebecque, il est évident que ce prologue a été écrit une fois l’évangile achevé,

pour preuve son vocabulaire (par exemple le choix d’employer

παρηκολουθηκότι au lieu du verbe simple très fréquent dans le corps de son texte.)

-

Dans la liturgie : suit le passage de Lc 4,14-21.

Dans ce passage Jésus crée le lien entre le Premier et le Deuxième Testament.

Il reprend le texte du prophète Isaïe.

Relier, éclairer :

même si l’évangile a un développement linéaire, l’évangéliste relit (relie) les évènements.

(les récits entre 1,4 et 4,14 sont lus pendant la période de Noël,

puisqu’ils relatent : les annonciations, la nativité, la visitation,

la présentation de Jésus au temple, l’enseignement de Jésus à l’âge de douze ans,

puis, tandis qu’il « croissait en force et en sagesse »,

on le retrouve à trente ans : dans la tentation au désert, puis lors du baptême.)

 

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