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16 novembre 2017

Prononciation du grec ancien

Classé dans : — evangilegrec @ 21 h 19 min

 

  • La prononciation des lettres.
  • Le problème des diphtongues.
  • Quels outils pour quelle restitution? 
  • L’accentuation.
  • Evolution de la prononciation.
  • La ponctuation.
  • Les esprits.
  • Quelle intonation?
  • Notre choix de lecture.

 

La prononciation des lettres grecques :

 

L’alphabet grec comporte 24 lettres:

 

Pour la prononciation voici quelques indications :

α : Alpha, voyelle brève ou longue

β : Bêta, comme b en français

γ : Gamma toujours dur, comme dans gare.

δ : Delta comme d

ε : Epsilon e fermé, toujours bref comme dans Écho.

ζ : Zêta, deux prononciations possibles : zd ou dz (Zeus)

η : êta, ê ouvert toujours long comme dans bête.

θ : Thèta, Th en faisant entendre le souffle du h si possible, prononciation anglo-saxonne: th

ι : Iota : i long ou bref,

κ : Kappa : comme k

λ : Lambda : l

μ : Mu , m la lettre se prononce toujours. Exemple : ἀμφι (amphi) : prononcer μ (m)

ν : Nu : après une voyelle : ν se prononce : τον on entend le ν (n).

ξ : Ksi : k+s comme dans ksar.

ο : Omicron : o fermé, toujours bref, comme dans coco, (prononciation parisienne).

π : Pi : p

ρ : Rhô : se prononce comme dans rhinocéros.

σ > ς : Sigma : s toujours dur : comme dans rosse, mais non rose. 

τ : Tau: t

υ : Upsilon : u Long ou bref comme dans buse, ne pas prononcer ou.

φ : Phi : f ou mieux phi avec le souffle du h

χ : Chi : k ou mieux kh, avec le souffle du h

ψ : Psi : comme dans psaume

ω : Omega : o toujours long et ouvert comme dans corps.

 

Le problème des diphtongues :

 

Une diphtongue est constituée de deux voyelles prononcées en une seule émission de voix.

La prononciation restituée du grec ancien propose de prononcer la diphtongue αυ  comme dans now, en anglais.

Les diphtongues qui se terminent par un iota  : αι ει οι : prononcer ail, ei, comme dans abeille, oi comme dans boy (angl).

 

Pour plus de précisions, voir la notice explicative de notre site : lire le grec.

La prononciation que l’on adopte est dite « érasmienne ».

C’est une prononciation scolaire adoptée depuis la Renaissance.

En effet, dans un traité de 1528, Erasme a cherché à savoir quels sons

les Anciens donnaient aux différentes lettres.

 

Avant et après Erasme : 

Avant lui, la prononciation du grec ancien était calquée sur celle des grecs contemporains (au Moyen Age).

Il est à noter qu’aujourd’hui, suivant les pays, les prononciations sont différentes.

Les Européens ne s’entendent pas quand ils parlent grec ancien !

 

Quels sont les outils pour restituer la prononciation du grec ancien?

 

Les renseignements nous sont apportées par les notions de phonétique générales,

cf. GRAMMONT, Traité de Phonétique générale. 

En outre, des informations sont apportées par les textes anciens, et la versification.

Nous disposons aussi de témoignages de certains grammairiens anciens ;

par exemple, on attribue à Aristophane de Byzance,

bibliothécaire d’Alexandrie en 262 avant J.-C.,

l’invention de l’accent, et dans la ponctuation, celle du point en haut grec (nos : ).

 

L’accentuation : 

 

L’accent grec correspond à une élévation musicale de la voix.

Il ne correspond pas à notre accent tonique.

En français, nous faisons entendre la finale accentuée des mots.

Ce n’est pas le cas en grec.

Tout mot grec est accentué sauf les exceptions données ci-après.

Cet accent est un accent de hauteur.

La place de l’accent est limitée par rapport à la fin du mot :

l’addition d’un ou de plusieurs éléments en fin de mot peut changer la place de l’accent premier

(celui que l’on trouve dans le dictionnaire) .

Toutefois, quelques mots ne sont pas accentués,

on les appelle enclitiques ou proclitiques,

c’est à dire qu’il font corps  avec le mot qui précède ou le mot qui suit

(enclitique : penché sur ce qui précède, proclitique : penché vers l’avant, klinô : pencher).

Un exemple de mot proclitique : l’article au nominatif,

il fait corps avec le mot qui suit, donc il n’a pas d’accent propre.

-

Qu’est-ce qu’un accent musical ?

 

H. PERNOT* écrit :

« L’accent musical ne nous est nullement étranger,

en français,  nous élevons la voix sur la finale.

Mettez cette acuité sur la syllabe accentuée du

grec, et sur celle-là seulement ; vous aurez l’acent

du grec ancien. Libre ensuite à vous de

faire ou non sentir la nuance du circonflexe.

 

A défaut de ce procédé, on pourrait aussi

mettre simplement l’accent à la façon des Grecs

modernes.

 

Adopter cette seconde méthode, serait assuré-

ment s’éloigner de l’usage classique; mais l’écart

serait peu considérable. »

En effet, cest ce que propose de faire Christophe RICO dans

Polis, parler le grec ancien comme une langue vivante,

(Cerf, Paris,2009).

H. Pernot ajoute :

« Il ne reste donc que  la question de longueur. »

-

*H . PERNOT D’Homère à nos jours, histoire, écriture, prononciation du grec ( Paris, Garnier, 1925).

(Vous pouvez trouver Christophe Rico sur Youtube.)

Christophe Rico est agrégé de grammaire et docteur en linguistique grecque.

Depuis 1993, il applique les méthodes d’apprentisssage 

de la langue vivante à l’apprentissage de la koinè, 

notamment à l’Ecole biblique française de Jérusalem.  

 

Evolution de la prononciation : 

 

Dans  la Phonétique historique du Mycénien et du Grec ancien,

Michel Lejeune, rappelle que :

« seules les langues parlées actuellement se prêtent à une enquête de phonétique directe ».

L’écriture ne renseigne sur la prononciation que de façon imprécise.

Chez les grammairiens de l’Antiquité, comme Aristophane de Byzance,

Il s’agit de quelques observations phonétiques, fondée sur la seule impression acoustique.

La façon d’articuler les consonnes et les voyelles a varié avec le temps,

et le grec n’a cessé d’évoluer depuis Homère jusqu’à aujourd’hui.

La prononciation érasmienne, scolaire, peut sembler arbitraire

si l’on considère, pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres,

que la diphtongue ει prononcée [ei] suivant la prononciation érasmienne,

a été prononcée  é sans doute tôt dans l’Antiquité, et est prononcée [i] aujourd’hui par les  Grecs.

Comme il arrive dans de nombreuses langues,

l’orthographe ne s’adapte pas immédiatement à la prononciation (qui évolue plus vite)

et de ce fait, marque un retard.

Le grec moderne, dans l’ensemble, conserve l’orthographe du grec ancien

alors que la prononciation a beaucoup changé.

La prononciation scolaire du grec ancien

ne peut  correspondre à des âges différents rassemblés en un seul stade de son évolution,

autant dire qu’elle est arbitraire :

17 siècles séparent les premiers textes en grec ancien du début de l’époque byzantine.

La koinè, est un état de cette langue en mutation.

 

Bibliographie : 

*H . PERNOT D’Homère à nos jours, histoire, écriture, prononciation du grec (Paris, Garnier, 1925).

Phonétique générale :

M. GRAMMONT Traité de phonétique générale, (Paris, Delagrave,1933).

Phonétique grecque :

M. LEJEUNE Phonétique historique du Mycénien et du grec ancien, (Klincksieck, 1987).

 

La ponctuation aidait-elle à prononcer le grec ?

 

La ponctuation est tardive.

A l’origine, le texte s’écrivait en continu.

Les manuscrits grecs les plus anciens de l’évangile sont en majuscules ininterrompues.

Voir : Un extrait du manuscrit Bodmer XV, papyrus du début du IIIè siècle

conservé à la Bibliothèque Vaticane. Cet extrait comporte la fin de Luc et le début de l’évangile de Jean.

Nous citons un extrait de l’ouvrage de H. Pernot cité ci-dessus qu’il est possible de trouver en ligne :

D’Homère à nos jours, histoire, écriture, prononciation du grec (Paris, Garnier, 1921) :

« Ponctuation : Dans les inscriptions archaïques, 

on trouve comme signes de ponctuation, et d’ail- 

leurs irrégulièrement, un point, deux points ou 

trois points superposés. Ces signes séparent des 

mots ou des groupes de mots, sans égard à la 

structure grammaticale.

 A l’époque classique,  

ces signes mêmes se restreignent et ne servent plus 

guère qu’à attirer l’attention sur le mot suivant, 

nom de nombre ou nom propre par exemple.

 Cela revient à dire qu’il n’y a plus de ponctuation. 

 

Il en est de même pour les manuscrits les plus 

anciens. Les lettres s’y suivent la plupart du 

temps de façon ininterrompue ; seuls des blancs 

constituent les grands points de repère. Aristo- 

phane de Byzance inventa bien le point en haut, 

le point en bas et le point au milieu, équivalents 

de notre point, de notre virgule et de notre point 

et virgule; mais sa doctrine ne fut pas celle des 

copistes; pendant longtemps ceux-ci se contentè- 

rent d’un simple point marquant les divers arrêts 

de la diction.

 Dès le IXè siècle on trouve le signe 

(;) comme point d’interrogation. L’emploi de la 

virgule parait antérieur de quelques siècles. 

D’une façon générale la ponctuation de nos édi- 

tions grecques est conforme à nos habitudes 

françaises. Jamais elle n’est la reproduction de 

celle des manuscrits. » 

 

Donc la ponctuation à l’origine n’est pas indiquée et n’aide pas à la lecture.

Un autre obstacle rend la lecture difficile :

les mots eux-mêmes ne sont pas séparés dans les manuscrits anciens.

Mais « oralité » n’est pas synonyme de « lecture » ,

même si la lecture se fait toujours à voix haute dans l’Antiquité.

la koinè, langue parlée à partir des conquêtes d’Alexandre,

a certainement subi une évolution rapide en ce qui concerne sa prononciation,

en même temps que son usage s’est étendu géographiquement.

Cependant, ce sont les témoignages écrits qui nous restent et les mots se sont envolés…

 

Et les esprits : changent-ils la prononciation ? 

 

Un mot grec qui commence par une voyelle ou un rho porte un esprit.

Un esprit est un signe diacritique en forme de lune.

Il peut-être de deux natures différentes :

esprit doux ( ᾽ sur la lettre  : ὀ/ἐ/ἀ (premier quartier de lune)

esprit rude ὁ/ἱ/ὑ …(dernier quartier).

Πνεύμα (pneuma) peut se traduire par « Esprit »  » esprit » ou « souffle ».

L’esprit rude indique qu’il faut émettre un souffle lorsqu’on prononce la lettre.

L’esprit doux indique tout simplement qu’il n’y a pas de souffle.

 

A nouveau, nous citons Pernot qui parle de l’histoire de ce petit signe :

 

« Quand notre appareil vocal est au repos

et que nous chassons l’air de nos poumons avec une certaine énergie

[nous faisons entendre un souffle, esprit rude]

L’esprit rude est la représentation graphique d’une aspiration ancienne

dont les origines étaient diverses et qui provenait le plus souvent

de la transformation d’une consonne. » 

 

Quelle intonation donner à la phrase? 

 

Pernot écrit :

« Le principe de l’accent musical une fois posé,

 on peut se demander comment celui-ci se conciliait

 avec l’intonation de la phrase. 

Le doute, l’étonnement, la colère, l’ironie,

 toutes les dispositions de l’âme, se traduisent 

dans le langage par des modulations qui semblent 

a première vue devoir contrecarrer l’accent musi- 

cal du mot. 

 

Le grec moderne, entre autres, donne la solu- 

tion du problème. C’est principalement sur la 

syllabe tonique que se font ces modulations. 

S’agit-il d’interroger ? La voix s’élèvera de façon 

particulière, mais c’est la syllabe tonique qui sera 

de toutes la plus haute. 

L’accent français, qui comporte, lui aussi, 

un élément musical, joue un  rôle analogue, 

dont il est facile de se rendre  compte 

avec un peu d’attention. Dans une phrase  comme :

 « vous lui avez parlé? » 

la plus grande acuité se trouve sur la finale. 

Seul le grec moderne peut servir de témoin. 

La persistance dans cette langue 

de l’accent de hauteur autorise à croire qu’elle a 

conservé les intonations anciennes, tout au moins 

dans l’ensemble. C’est une langue assez chan- 

tante. A titre d’indication générale, on peut dire 

que la musique du grec moderne rappelle celle 

du français méridional ».

 

Parmi les exercices scolaires dans la formation du jeune grec,

une attention particulière était donnée à l’intonation dans la déclamation.

L’adolescent devait savoir faire entendre une lecture « expressive et soignée » ,

et qui tînt compte du sens du texte.

Cf. H.-I. MARROU Histoire de l’éducation dans l’Antiquité,

1. Le monde grec, (coll.Points Histoire, éd. Seuil, 1948) p. 249 et suiv.

 

Notre choix de lecture : 

Donc pour nous, aujourd’hui, il s’agit bien d’un choix de lecture à faire.

Christophe Rico propose une lecture de l’évangile de Jean

telle qu’elle aurait pu être faite à l’époque de son écriture,

dans un CD fourni avec son livre :

Polis, parler le grec ancien comme une langue vivante.

Le grammairien rappelle que cette lecture est difficile à appliquer

car elle ne correspond qu’à un « moment » de la prononciation de la koinè

(à la fin du premier siècle de notre ère).

Or, dès le début de la période hellénistique,

l’orthographe était très éloignée de la prononciation.

C’est pourquoi il est plus commode de lire le grec

suivant une prononciation plus « conservatrice »

et c’est le choix que nous avons fait dans ce site evangilegrec.unblog.fr.

C’est une prononciation « classique » (étymologiquement « enseignée dans les classes ») érasmienne.

-

H.PERNOT D’Homère à nos jours, histoire, écriture, prononciation du grec (Paris, Garnier, 1921)

C.RICO Polis, parler le grec ancien comme une langue vivante.Cerf (2009)

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