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10 octobre 2017

Aimer ἀγαπάω (agapaô) φιλέω (philéo)

Classé dans : — evangilegrec @ 8 h 40 min
ἀγαπάω (agapaô) aimer
 ἀγάπη (agapè) amour
 ἀγαπητός (agapètos) aimé (adj.)
φιλέω (philéo) aimer
φίλος (philos)  ami

-

Aimer ἀγαπάω (agapaô) et φιλέω (philéo)

Le Nouveau Testament privilégie le terme ἀγαπάω (agapaô) aimer,

pour désigner l’amour de Dieu.

-

Dans l’évangile selon Jean, au chapitre 21,

dans les questions de Jésus à Pierre (versets 15 et s.),

 les deux verbes sont employés alternativement :

en premier dans la question de Jésus à Pierre (Jn21,15)

λέγει τῷ Σίμωνι Πέτρῳ ὁ Ἰησοῦς,

Jésus dit à Simon Pierre :

Σίμων  Ἰωάννου ἀγαπᾷς με πλέον τούτων ;

« Simon fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux là ? »

C’est le verbe ἀγαπάω (agapaô)

Puis Pierre répond avec le verbe  φιλέω (philéo) :

Oui « je t’aime » mais dans le sens moins fort de « j’ai un lien affectif » avec toi.

Λέγει αὐτῷ, Ναὶ κύριε:

σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε.

« Toi tu sais que je t’aime« 

(voir plus loin le sens de ces verbes).

Jésus reprend sa question par le verbe ἀγαπάω (agapaô) aimer :

« m’aimes-tu » sous-entendu :

de cet amour que le Père nous a donné et que je vous ai transmis.

A nouveau Pierre répond par φιλέω (philéo)

Enfin la troisième fois,

Jésus dans sa question, reprend le verbe qu’emploie Pierre lui-même :

φιλέω (philéo)

et Pierre lui répond par le même verbe.

Jésus a-t-il renoncé à faire entendre à Pierre sa question?

Ou Pierre est-il incapable de comprendre pleinement ?

Alors que plus loin,  dans l’expression :

« le disciple que Jésus aimait« ,

au verset 20, à la fin de l’évangile,

« Pierre voit le discile qu’aimait Jésus »

 on a le verbe aimer, ἀγαπάω : 

ὁ Πέτρος βλέπει τὸν μαθητὴν ὃν ἠγάπα ὁ Ἰησοῦς,

Jn 21,20

Ce disciple peut être vu comme le rédacteur de l’évangile** qui a relu les évènements

  »le disciple qui témoigne de ces choses » Jn 21,24

celui qui intervient à table (Jn,13,23 ); 

celui qui « doit demeurer jusqu’à ce que le Christ vienne »  Jn 21,23

Celui qui a pour but de témoigner pour le monde entier.)

et finalement comme tout destinataire de cette bonne nouvelle :

car celui « que Jésus aimait » n’étant pas nommé, peut être chacun de nous.

En effet, le vocable  ἀγαπητός * (agapètos) bien aimé, cher, chéri (adj.)

est courant dans les premiers groupes de chrétiens

pour désigner un ou des membres de la communauté, cf Rm 1,7.8.9.12) .

ἀγαπητοῖς θεοῦ  « bien-aimés de Dieu » Rm1,7

Celui qui est  ἀγαπητός comprend qu’il est aimé et de quel grand amour (ἀγάπη, agapè) .

C’est un amour qui se comprend seulement à la relecture des évènements

après la mort et la résurrection.

-
Dans la première lettre aux Thessaloniciens,

le plus ancien écrit du Nouveau Testament,

Paul ouvre son action de grâce en soulignant :

« la confiance (pistis),

 les travaux résultant de l’amour, ἀγάπη (agapè)

et la ténacité acquise grâce à l’ espérance (elpis) …» .

Ici, l’amour est désigné par le terme  : ἀγάπη, agapè.

-

Dans Luc 10, 25-37 le verbe est :

ἄγαπήσεις …(ton Dieu /ton prochain)  tu aimeras…

-

Les quatre verbes grecs qui disent l’amour : 

-
En grec classique, quatre mots expriment l’amour (et aimer)

avec des nuances:

-

1. Le substantif στόργη (storgè), et le verbe  στέργω (stergo) :

disent la tendresse, l’attachement dans la famille

ou encore la sympathie entre amis.

Cette racine est rare dans le Nouveau Testament .

Elle apparaît deux fois avec un préfixe privatif,

sous la forme d’un adjectif pour décrire des gens ingrats,

sans-cœur : ἄστοργος cf. Rm 1, 31 et 2Tm 3,3

-

2. -φίλος, (philos) ami,

et φίλέω (philéo), verbe aimer :

est employé pour  désigner l’amour fraternel Rm 12,10.

l’adjectif , φίλος, (philos) compte au moins cinquante occurrences dans le Nouveau Testament.

On trouve aussi une vingtaine dérivés de cette racine : 

φιλία (par exemple)

désigne l’amitié, l’affection pure et simple,

avec parfois des nuances de complaisance et de bienveillance.

Ce terme φιλία, à l’origine exprime plutôt

une une appartenance à une communauté notamment chez Homère,

il désigne celui qui appartient au foyer,

au groupe social, sans connotation sentimentale.

D’ailleurs, dans le Nouveau Testament, il désigne des rapports familiers :

voir Mt 10, 37 et en particulier dans les lettres.

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3.  ἔρος , (éros) passion, amour

 ἐράω (eraô)  aimer d’amour. 

En grec classique, ce terme désigne  le désir et la passion amoureuse,

le terme n’apparaît pas dans le Nouveau Testament.

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 4. Le verbe ἀγαπάω (agapao) ,

le nom commun, ἀγάπη, (agapè), 

 l’adjectif qualificatif , ἀγαπητός (agapètos) :

sont les termes le plus souvent employés dans le NT.

330 occurrences d’Aimer ἀγαπάω (agapaô) ἀγάπη, (agapè)

ἀγαπητός (agapètos) dont 108 dans les textes johanniques,

135 dans les écrits de Paul.

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 Quel est le « poids »  de ces mots ?

 ἀγαπάω (agapaô) aimer: 

En grec archaïque, la signification courante du verbe ἀγαπάω (agapaô)

comportait les nuances d’ « être content et satisfait », s’estimer heureux.

L’étymologie ne nous renseigne pas sur l’origine du mot.

Chantraine dans son dictionnaire étymologique la donne pour « incertaine » .

On peut seulement souligner que le verbe était déjà employé chez Homère,

le nom commun ἀγάπη (agapè) est dérivé du verbe.

L’adjectif ἀγαπητός (agapètos) est employé chez Homère

également, et par la suite pour dire « chéri des dieux ».

Le mot est employé dans la Septante avant de passer dans le NT.

Dans la Vulgate,  ἀγάπη (agapè) est traduit par caritas.

-

ἀγάπη (agapè), l’amour:

Dans la littérature classique, le mot se spécialisa pour nommer l’amour raisonné

fondé sur la connaissance et l’appréciation, impliquant l’estime.

Il pouvait aussi relier des personnes de conditions différentes.

C’est ensuite le vocabulaire que les écrits du NT ont le plus utilisé pour désigner l’amour.

(Jean, Paul).

Chez Paul, le chapitre 13 de la première lettre aux Corinthiens

 contient une dizaine d’occurrences du terme ἀγάπη (agapè), l’amour.

«  Traquez l’amour, soyez jaloux d’expériences spirituelles,

surtout pour prophétiser. » 1 Cor 14,1.

On voit ici que l’amour est un don pour Paul.

Il écrit :

« à qui il manque l’agapè…. »
il manque tout.
« Je peux être prophète,
avoir l’intelligence de tous les mystères, tout connaître…
Sans amour (agapè) »  je ne fais rien.

Dans les textes de Paul et de Jean,

Dieu aime le premier et c’est un amour libérateur

qui arrache l’homme à sa condition de pécheurs,

l’amour a sa source en Dieu, passe dans le Christ pour atteindre

chaque homme et le libérer.

L’agapè se concrétise d’abord dans l’amour du prochain comme de soi-même :

Ici, nous retrouvons le sens de Luc 10, 26.

Le contenu sémantique de l’agapè se trouve résumé en 1Th3,12 :

« Qu’en ce qui vous concerne, le Seigneur vous fasse abonder et surabonder d’amour

aussi bien les uns pour les autres qu’envers tous vos prochains ».

La majorité des emplois du verbe ἀγαπάω (Agapaô)

dans les évangiles est dans la première lettre de Jean,

dans les mentions du commandement de l’amour et des rapports père /fils.

Dans le corpus de Paul,

on rencontre des occurrences équivalentes.

-

* ἀγαπητός  (agapètos) aimé :

Les emplois les plus significatifs de l’adjectif ἀγαπητός (agapètos)

se trouvent chez les Synoptiques

pour désigner Jésus comme fils « bien-aimé » au

moment du baptême et de la transfiguration.

Dans la Septante c’est l’adjectif qui qualifie Isaac, « fils bien-aimé » d’Abraham.

-

BIBLIOGRAPHIE :

J.-P.PREVOST (dir.) Nouveau vocabulaire biblique,  (2004), Page 256 et suivantes.

Voir aussi article  : frère sur evangilegrec

CHANTRAINE Cf . bibliographie

**Au sujet de l’auteur du quatrième évangile

et de son identification avec le disciple bien-aimé,

on peut lire les pages de E. Brown Que sait-on du Nouveau Testament?

(Bayard 1997, 2000) « Problème de l’auteur et du disciple bien-aimé » p. 410

« Histoire de la communauté johannique ».p. 416

Voir aussi :

COLSON L’énigme du disciple bien-aimé Paris, Beauchesne 1969

J. ZUMSTEIN « Le disciple bien-aimé  » article cité dans Brown Q S O du NT

Pour un résumé de la situation sur la question, on peut lire : 

Frank J. Matera , « Marie-Madeleine, Thomas et les autres » , dans Jésus L’Encyclopédie p.727 

« comment le disciple bien-aimé en est venu à croire… »

Frank J. Matera souligne que le « disciple bien-aimé » 

 qui arrive au tombeau avec Pierre,

après l’annonce par Marie-Madeleine de la disparition du corps de Jésus, au chapitre 20,

et voit les « bandelettes et le linge bien rangés »,

croit, sans voir,

et seulement parce que Jésus lui-même avait annoncé sa résurrection, 

Il croit sur parole, et représente ainsi tous les futurs croyants,

ceux qui croiront sans voir.

Le disciple « bien-aimé » est celui qui rapporte le témoignage d’après l’évangéliste lui-même,

par suite,  le rédacteur de l’évangile a été donné pour l’apôtre Jean par Saint Irénée de Lyon (130-202) .

il écrit : 

            « Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine,

             publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Éphèse, en Asie. »  (Contre les Hérésies III, 1)

De là vient la tradition selon laquelle le « disciple bien-aimé » serait l’apôtre Jean et Jean l’évangéliste lui-même,

bien qu’il ne soit jamais nommé dans l’évangile, et que l’identification avec l’apôtre soit peu probable !

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