25 mars 2020

Septante

Classé dans : — evangilegrec @ 15 h 25 min

Septante

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La Septante est la Bible en grec.

Traduite de l’hébreu ou de l’araméen en grec,

à partir de 250 avant notre ère environ,

en Egypte, à Alexandrie.

Elle comporte aussi des livres écrits directement en grec.

Le canon de la Septante dit aussi « canon alexandrin »

a été élaboré entre le IIIè et le I er siècle avant notre ère.

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La Septante fut la la Bible des Pères de l’Eglise

et la seule Bible des chrétiens pendant des siècles.

Elle provient du milieu des communautés juives d’Egypte.

C’est dans cette version grecque de la Bible

que les auteurs des évangiles ont eu connaissance

des Ecritures.

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Des différences apparaissent dans les Canons des Ecritures :

A l’époque où la version de la Septante vit le jour,

le canon palestinien des Ecritures n’était pas encore clos.

Donc il y avait un certain flottement,

ce qui explique les différences entre les canons :

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le Canon palestinien 

et le Canon alexandrin (grec).

Canon : liste des livres reconnus de la Bible. Canon signifie « roseau », règle » en grec. 

Le nombre et l’ordre des livres sont différents.

Dès 395 avant notre ère, les 5 livres de la Torah étaient reconnus

comme le coeur de la vie religieuse dans l’Israël revenu d’exil.

Un peu plus tard, ce fut le cas des Prophètes et des Psaumes.

Pour les autres livres, la situation est demeurée flottante jusqu’à la fin du Ier siècle ap. J.C. ,

lorsque des rabbins se sont réunis à Jamnia,

près de l’actuelle Tel-Aviv pour établir la liste des livres dits « canoniques » :

La Loi, les Prophètes et les Ecrits formèrent trois grands ensembles.

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Des ouvrages sont dans la Septante et non dans le TM

(TM : texte massorétique- hébreu)

La Septante a  introduit 7  livres écrits directement en grec :

Judith, Tobie,  Sagesse de Salomon, Premier et Deuxième livre des Maccabées,

Ben Sira (ou Siracide, ou Ecclésiastique)

et Baruch.

Les livres d’Esther et de Daniel comportent des suppléments en grec.

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De plus, le texte hébreu lui-même

n’a pas été fixé tout de suite :

l’addition des voyelles, de la ponctuation, des divisions,

les commentaires ajoutés sous forme d’annotations,

ont formé le « texte massorétique » , abrégé TM.

Celui-ci n’a été fixé* que postérieurement à la traduction en grec.

(Le texte de la Septante est abrégé LXX).

*(lors du synode interne au judaïsme tenu à Jamnia, à la fin du 1er siècle de notre ère)

La fixation définitive du texte hébreu mis par écrit est le travail des massorètes_savants juifs_

Les commentaires ajoutés s’appellent des massores.

On appelle le « canon hébreu » , « canon palestinien » ou « canon massorétique ». .

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Les textes qui sont dans la version de la Septante sans être dans la version juive

sont appelés « deutérocanoniques » par les catholiques, 

à partir du XVIè siècle,

c’est-à-dire « insérés dans le canon dans un 2è temps.

alors qu’ils sont dits « apocryphes » (cachés) par les protestants.

En effet, les Bibles protestantes ne retiennent que les livres  du canon hébraïque,

d’où la différence entre catholiques et protestants. 

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Le témoignage de la Lettre d’Aristée

(date d’avant moins 100, datation difficile, anonyme),

La lettre fictive d’Aristée à Philocrate porte sur la traduction de la Torah

Les cinq livres de la Torah sont le « Pentateuque » en grec : Penta (cinq) cinq livres.

La Septante dont il est question dans la lettre d’Aristée ne concerne que la Torah.

On distingue la Torah des livres traduits par la suite.

Mais plus tard, dans l’usage reçu, on appelle Septante :

la Torah (Pentateuque en grec) et aussi  l’ensemble des livres

traduits en grec à partir de l’hébreu et de l’araméen,

et des livres directement écrits en grec.

La Septante des 70 ou 72 traducteurs (le Pentateuque)

est une oeuvre qui vit le jour à Alexandrie

au III è siècle avant J-C ,

sans doute sur commande de l’administration païenne d’Egypte

qui voulait avoir à sa disposition une traduction.

Ce n’était sans doute pas l’initiative des autorités juives

qui, elles, étaient méfiantes à l’égard des traductions,

mais cette question est discutée,

pour certains savants, la Bible en grec a pu être, au contraire,

une commande de la diaspora juive en Egypte de langue grecque,

pour comprendre les Ecritures.

cf. La Bible grecque (éd. Cerf) p.15

Dans une correspondance fictive,

Aristée écrit à son frère et lui raconte comment Démétrios de Phalère,

administrateur de la Bibliothèque d’Alexandrie,

incite le roi Ptolémée Philadelphe  à écrire au grand-prêtre de Jérusalem pour faire venir

soixante douze traducteurs avec un exemplaire de la Torah.

72 c’est six de chaque tribu, nombre symbolique.

Pour Flavius Josèphe et des Pères de l’Eglise, ils sont 70.  

La lettre raconte le départ des traducteurs et comment ils furent reçus,

enfin, elle finit avec le récit de la proclamation de la traduction.

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On a d’autres sources que la lettre d’Aristée :

par exemple, Philon d’Alexandrie (15 av. 45 ap.JC)

Dans sa Vie de Moïse, celui-ci raconte comment la loi transmise par Moïse

est une source d’émerveillement pour les autres peuples,

et il en vient à raconter cette commande d’une traduction par Ptolémée Philadelphe (283-24).

Il écrit :

« Et pourtant, qui ne sait que toute langue_ et particulièrement la grecque

_ est foisonnante en mots, et que la même pensée peut être rendue de multiples manières

en changeant les termes ou en employant des synonymes et en recherchant le mot propre dans chaque cas ?

Ce qui n’eut pas lieu à ce qu’on dit à propos de notre code de lois,

mais le mot propre chaldéen fut rendu exactement

par le même mot propre grec, parfaitement adapté à la chose signifiée. »

Vie de Moïse II 38.

Philon d’Alexandrie est un juif de langue grecque,

il fait remarquer ici la sainteté de la loi juive,

qui ne peut être qu’une oeuvre inspirée,

donc pour lui les Septante sont tombés d’accord sur une même et unique traduction.

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Les autres lives de la Bible ont été traduits à des dates postérieures :

surtout au IIè s av. JC :

Voici quelques exemples :

Le livre de Samuel et des Rois : probablement au début du IIè siècle, à Alexandrie. 

Le psautier a dû être traduit aussi à cette époque. 

Le livre des Proverbes et le livre de Job ont dû être traduits

par un même juif alexandrin dans la seconde moitié du -IIè siècle …

Les petits prophètes : peu avant la traduction d’Esaïe,

dans la première moitié du -IIè siècle.

La traduction du livre d’Esaïe pourrait dater de 150 à 130…

très certainement à Alexandrie…

Source : H. Cousin, la Bible grecque (1990)…-voir plus loin

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Les différences entre le texte massorétique et le texte de la Septante :

(Septante au sens large)

révèlent plusieurs choses :

Le passage au grec introduit des variantes, il y a une conversion sémantique,

(Culture et langue étant réunis par un lien de réciprocité. 

Voir article de Gilles DORIVAL « Hellénisme et judaïsme » , ici sur le site Persée .)

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Cette conversion sémantique ouvre à des nouveautés : 

Par exemple, dans le livre de la Genèse

Le titre lui-même de « Genèse » est propre à la Septante.

Le livre de la Bible en hébreu choisit pour titre les premières paroles : « au commencement ».

Alors que dans la LXX, la racine du mot γεν (gen) du titre

se trouve 22 fois dans le premier chapitre ;

cela crée une unité : il advint (verbe : ginomai), qu’il soit,

la genèse du ciel et de la terre, 

l’engendrement de Noé. (voir les généalogies).

Par la suite, la Bible comporte de nombreux récits d’engendrements. 

Tous ces mots qui font écho entre eux soulignent la parole créatrice de Dieu :

il parle et sa parole est action, elle fait advenir γίνομαι (ginomai)

elle fait « être ».

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Dans le livre de l’Exode : 

(Un exemple parmi  d’autres)

LXX  : Dieu s’adresse à Moïse au Sinaï  » je suis celui qui est » tu diras « celui qui est m’a envoyé vers vous »

TM : « Je suis qui je suis » Tu parleras ainsi aux fils d’Israël « je suis m’a envoyé vers vous »

La LXX introduit une idée ontologique : Dieu à l’origine de l’être.

Dans le livre d’Esther :

le récit diffère beaucoup parce que le traducteur

emploie des procédés de la littérature romanesque hellénistique.

La TOB donne les deux versions en raison de leurs différences.

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Plus généralement, quelques problèmes de vocabulaire : 

Le changement d’aire culturelle implique des modifications.

L’hébreu Torah signifie « enseignement » et n’a pas le même sens que nomos, la loi en grec.

çedaqa évoque une relation juste entre l’homme et Dieu comme entre les hommes,

et n’a pas la notion juridique de sa traduction grecque par dikaiosunè,

kabod et doxa pour dire la gloire n’ont pas le même « poids » de sens.

Donc on pourra dire que ce mot largement repris dans le NT

s’est chargé d’un nouveau sens en passant par le Premier Testament,

lu en grec par les évangélistes.

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(On possède d’autres versions grecques

dont les principales sont liées aux noms d’Aquila, Symmaque et Théodotion.)

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Donc il est important d’avoir à l’esprit que les auteurs des évangiles lisaient

les Ecritures dans la version de la Septante.

Les mots grecs qu’ils emploient se sont déjà chargés de sens.

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BIBLIOGRAPHIE :

Pour la Septante :

Pour trouver le texte de la Septante :

La Bible d’Alexandrie, sous la direction de Marguerite Harl, Genève, Paris, Cerf, 1986.

H. COUZIN, La Bible grecque. La Septante, (Suppl. CE n° 74), Cerf, Paris, 1990.

M. HARL, La langue de Japhet.

Quinze études sur la Septante et le grec des chrétiens, Cerf, Paris, 1994.

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